The Montreal Impact celebrate their 2008 Canadian Championship title
Courtesy of Montreal Impact

Les grandes heures de la rivalité Montréal - Toronto

Dans l’Est du Canada, tout le monde le sait : sur la scène sportive, Montréal et Toronto ne s’aiment pas. Et peut-être même en soccer plus qu’ailleurs, puisqu’en hockey, sport national, c’est davantage Boston qui donne de l’urticaire au Québec. Je ne m’étendrai pas sur les grands duels du passé impliquant Carsteel, Cantalia, le Supra ou le Manic côté montréalais, ni, chez les Torontois, Ulster United, Toronto City, le Blizzard voire le Toronto Lynx, adversaire de l’Impact avant qu’il n’intègre la MLS. Non, les rencontres entre les deux clubs qui militent en MLS aujourd’hui, même si elles n’ont commencé qu’en 2008, ont déjà été suffisamment animées pour écrire de belles pages d’histoire.

Pas facile de retenir cinq duels faisant office de référence au cours de ces neuf saisons. Et en creusant, il est encore plus difficile d’équilibrer les choix, et ce de manière pour le moins paradoxale. En effet, quand Toronto gagne, c’est généralement suite à un match sans histoires, mais lorsque la rivalité est à son comble ou que l’enjeu est crucial, c’est presque toujours Montréal qui a le dessus sur son rival. Pourtant, le bilan (en date du 21 novembre 2016) est sans équivoque en faveur de Toronto qui, toutes compétitions confondues, a gagné 15 des 29 confrontations entre les deux équipes pour 7 succès montréalais et 8 partages.

Toronto - Montréal 1-1, 22 juillet 2008

À l’époque, il y a un championnat du Canada (un vrai je veux dire, sous forme de championnat, pas de coupe) pour désigner le représentant du pays en Ligue des champions. On en est à la première édition, et le dernier match oppose le Toronto FC, club de MLS né la saison précédente, à l’Impact de Montréal, alors en D2 après 15 ans d’histoire. Il suffit d’un point à Montréal pour être champion, mais il est tout sauf favori de ce déplacement. La tension est palpable, et après un quart d’heure à peine, Rohan Ricketts fait 1-0. On n’est pas encore à la demi-heure quand Roberto Brown reprend victorieusement un corner de Joey Gjertsen. Toronto pousse tant et plus pendant une heure, mais se heurte à une défense intraitable, emmenée par Stefano Pesoli et Nevio Pizzolitto qui, dans les tout derniers instants, effectue une talonnade salvatrice à même la ligne devant Jeff Cunningham. Après une résistance extraordinaire, Montréal repart avec un partage 1-1 acquis de haute lutte, et le point nécessaire au titre (photo). Il se hissera ensuite en quart de finale de la Ligue des champions. Ce match a peut-être changé l’histoire du club.

Montréal - Toronto 1-6, 18 juin 2009

Pour une deuxième année de suite, le dernier match du championnat du Canada oppose les deux équipes. Au stade Saputo cette fois. Le topo est néanmoins bien différent, puisque Montréal n’a aucune chance de remporter le titre. Celui-ci semble promis à Vancouver, troisième des trois équipes en compétition, et dont les joueurs ont effectué le déplacement au Québec. Même si Tony Donatelli ouvre la marque sur penalty en milieu de première mi-temps, on sent pendant toute la rencontre (et on le sentait déjà avant) que les joueurs de l’Impact ne s’en préoccupent pas vraiment, au détriment du rôle éthique d’arbitre de la compétition qu’ils ont à jouer. Face à ce qui a tout d’une victime consentante, Dwayne De Rosario et ses équipiers se déchaînent pour trouver finalement le fond des filets à six reprises et dépasser, à la différence de buts, Vancouver, dont les joueurs assistent médusés et impuissants à ce qui, à leurs yeux, ressemble à une mascarade. Face au mécontentement d’une bonne partie des fidèles supporters, l’entraîneur Marc Dos Santos explique que les matchs de championnat à suivre sont bien plus importants.

Montréal - Toronto 6-0, 1er mai 2013

Le championnat du Canada a cédé sa place à une coupe. Nous en sommes au stade des demi-finales. Après avoir perdu 2-0 le match aller avec une équipe B, l’Impact s’était fait reprocher de ne pas prendre la compétition suffisamment au sérieux. Lors du match retour, les supporters n’y font néanmoins pas allusion et se présentent au stade bien en voix. Sur le terrain, Marco Schällibaum aligne une équipe mixte, se donnant par exemple l’option d’aligner Marco Di Vaio : l’Italien commence sur le banc et remplace Daniele Paponi, blessé, en fin de première mi-temps. Emmené par un tout grand Justin Mapp, qui ouvre la marque à la 24e minute, Montréal ne fait qu’une bouchée de ses jeunes adversaires. Le marquoir affiche 3-0 à la pause et, obligés de marquer, les Torontois sont complètement paralysés par l’enjeu malgré leur bonne volonté évidente. Mapp et Di Vaio s’en donnent à cœur-joie en deuxième mi-temps, participant à trois autres buts pour un score final de 6-0. Il s’agit encore à ce jour de la victoire la plus sèche des Montréalais, avec deux autres 6-0 : l’un à domicile contre Worcester, l’autre en déplacement au Toronto Lynx (un match joué… à Ottawa).

Toronto - Montréal 1-1, 18 octobre 2014

Pour Montréal, il s’agit du dernier déplacement d’une saison qui, en championnat, a été un véritable fiasco. Pour Toronto, d’un match ô combien important puisque la phase finale de la Coupe MLS est toujours envisageable, ce qui serait une première dans l’histoire du club. Pour cela, il faut commencer par battre les encombrants Québécois. Cette fois, Montréal joue son rôle d’arbitre à la perfection - ce que le capitaine Patrice Bernier avait promis avant le match. Toronto ouvre les hostilités et marque le premier but grâce à Warren Creavalle qui profite d’une mésentente dans la défense de l’Impact. Le match est toutefois tout sauf à sens unique, et avant même la mi-temps, Felipe égalise d’un tir en pleine lucarne. Après la pause, le jeu est brouillon, aucune des deux équipes ne parvient à construire. À 20 minutes du terme, Toronto hausse la pression d’un cran. Mais la fin de rencontre vire au grand n’importe quoi, avec l’aide de l’arbitre Toledo dégainant plus vite que son ombre tout en alternant impunité excessive et cartons sévères : il exclut Heath Pearce, Jonathan Osorio et Hassoun Camara. On voit aussi Joe Bendik prendre à bouts de bras Felipe qui se tord de douleur puis retrouve miraculeusement la plénitude de ses moyens. Ce nul annihile les derniers espoirs de qualification de Toronto.

Montréal - Toronto 2-1, 25 octobre 2015

Enfin ! Pour la première fois de son histoire, Toronto a réussi à se qualifier pour la phase finale de la Coupe MLS. Pour son dernier déplacement de la saison régulière, il se rend à Montréal qui, depuis début septembre, tourne à plein régime. Mauro Biello a remplacé Frank Klopas (suite à une défaite… à Toronto) et Didier Drogba empile les buts. Deux équipes en pleine confiance s’affrontent au stade Saputo, où de nombreux supporters visiteurs ont effectué le déplacement, assurant une ambiance des grands soirs. Le match est animé, équilibré, mais les actions les mieux construites de la première mi-temps sont torontoises. Juste avant la pause, Sebastian Giovinco dépose un ballon sur la tête de Jozy Altidore, qui ouvre la marque. On rejoue depuis dix minutes quand, en 60 secondes à peine, Drogba inscrit deux buts quasi-identiques, reprenant deux centres de la gauche signés Ignacio Piatti puis Marco Donadel : une « presque » talonnade et une talonnade font passer la marque à 2-1. L’intensité ne baisse pas, loin de là, mais plus personne ne marque. Montréal a pris l’ascendant sur Toronto et, quatre jours plus tard, le bat facilement 3-0 lors du premier tour de la phase finale.

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Texte publié la première fois le 14 octobre 2016, mis à jour le 21 novembre 2016

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