Dépenses folles et recettes à la baisse : les inquiétudes de Joey Saputo

La formule est de plus en plus populaire : après le commissaire de la MLS, Don Garber, avant la finale de la Coupe MLS 2014, ce fut au tour du président de l’Impact de Montréal, Joey Saputo, de convier les journalistes à une table ronde, et de répondre aux questions en vrac. Avec autant de succès. Vous lirez certainement dans vos médias locaux ses réponses aux nombreux sujets qui concernaient uniquement le club. Mais il a également abordé un point qui touche la MLS dans son ensemble : les dépenses à la hausse de certains clubs pour attirer de grands noms.

« Quand les équipes dépensent beaucoup d’argent pour amener de gros joueurs, la MLS aime ça, a expliqué Saputo. C’est malheureux pour nous car l’équipe qui a dépensé le plus est notre plus grande rivale. J’espère que tous les mouvements que les équipes de MLS ont effectués vont amener cette ligue à un autre niveau. Comme je l’ai dit l’année passée, nous devons continuer de bâtir une équipe sans dépenser l’argent que nous n’avons pas. »

Ceux qui suivent le club montréalais et son président depuis longtemps savent qu’il est adepte d’une gestion saine. C’est entre autres ce qui lui a permis de l’amener en MLS alors qu’il l’avait repris en quasi-faillite en 2002. Mais s’y tenir n’est pas toujours simple, surtout quand les rivaux n’ont pas les mêmes méthodes… « Est-ce que les dépenses de Toronto nous influencent ? Non, mais ça nous met plus de pression. On a un plan, il faut continuer de l’appliquer. La seule chose que ça change, c’est que si amener un joueur d’Italie faisait partie de notre plan, il est certain que maintenant, le joueur pense qu’en Amérique du Nord, il y a de l’or dans les rues et qu’il va commencer à demander des sommes d’argent qui n’ont pas de sens. »

Une tendance qui, visiblement, ne plaît pas à Saputo, ce qu’il n’a pas manqué de faire savoir à Don Garber. « J’ai donné mon opinion au commissaire au sujet des dépenses qui sont faites. Je ne cache pas que je lui ai dit que c’est peut-être bien pour la Ligue en ce moment, mais qu’à long terme, ça va lui faire mal. Avec le temps, seulement quelques équipes vont dépenser : il va y avoir Los Angeles, Toronto, New York devant, puis tout le reste. À court terme, c’est bon pour la Ligue, car ça lui amène de la crédibilité. Mais à long terme, et je l’ai déjà dit au commissaire, j’ai peur que ça fasse mal. »

À la fin de la discussion, les deux hommes ne semblaient pas du même avis. « On ne partage pas la même opinion, a poursuivi Saputo. Pour lui, il est important que la MLS devienne une compétition de choix aux yeux des joueurs. C’est sûr, ça sera le cas si tu dépenses des sommes folles ! Mais pour moi, ce n’est pas la meilleure façon de faire. Son but est de s’assurer que la Ligue ait une certaine notoriété. Pour l’instant, ça marche. À long terme, je ne sais pas… »

Le président du club montréalais n’exclut pas pour autant d’attirer des joueurs renommés. Mais pas à n’importe quel prix. « Je ne veux pas courir derrière un joueur parce que les autres équipes courent derrière des joueurs. Je ne veux pas dépenser huit millions de dollars pour en gagner deux, ça n’a pas de sens. »

Il a d’ailleurs mis les choses au clair au sujet de deux noms qui ont circulé avec insistance ces dernières semaines : Alberto Gilardino et Antonio Di Natale. « On a fait une offre à Gilardino, qu’il a acceptée et qui était bien plus basse que celle que Toronto lui a faite l’an passé. Sauf qu’on n’a pas trouvé d’accord avec son club en Chine. Et à la dernière minute, la Fiorentina a fait une offre au joueur et au club, que les deux ont acceptée. »

Le cas de l’attaquant de l’Udinese est moins reluisant. « Di Natale utilise la MLS pour avoir un meilleur contrat à l’Udinese. Je vous le dis clairement et honnêtement : personne en MLS n’a fait d’offre de contrat à quatre millions de dollars pendant deux ans à Di Natale. Le problème, c’est que de plus en plus de gens se servent de la MLS et de l’argent qui y circule à de telles fins, et il faut être extrêmement prudent. »

Un autre sujet était cependant sur les lèvres de tous les journalistes à l’issue de la rencontre avec Saputo : sa déception sur la capacité du club à attirer un large public après trois saisons en MLS. Il a d’ailleurs étonné bien du monde en parlant de la situation actuelle de la vente des billets pour le match contre Pachuca. « Je sens que le buzz n’est plus là. Pas seulement pour le match de Ligue des champions, mais bien pour l’Impact dans son ensemble. Le slogan pour le match de Ligue des champions est “Marquons l’histoire”, mais je pense qu’on va marquer l’histoire négativement car il n’y aura pas beaucoup de monde au stade. En ce moment, nous avons vendu 15 000 billets et si on regarde la tendance de 2009 et qu’on la compare à celle de cette année, nous serons heureux d’arriver à 30 000. Ça m’inquiète énormément. Pas seulement pour ce match. »

Plus que la situation actuelle, c’est l’évolution des recettes à la billetterie saison par saison qui le préoccupe. « Quand je regarde où on était et où on s’en va… Par exemple, en 2012, on était le troisième club de la Ligue en vente de billets. L’an dernier, on était onzième. Si la tendance se maintient, cette année, on sera treizième sur vingt. C’est très inquiétant. On dit toujours que c’est difficile d’amener des joueurs à Montréal. Mais jouer devant des gradins vides, pour un joueur, ça pèse au moment de choisir. »

Pas de quoi, néanmoins, tirer les conclusions les plus alarmistes. « C’est décevant mais je ne veux pas qu’on commence à dire qu’on pense à vendre l’équipe. Je ne dis pas ça ! Ce que je dis, c’est qu’en tant que président, quand je regarde où on était et où on est, après trois ans en MLS, je vois que la tendance commence à aller dans l’autre sens. J’espère qu’elle va changer. On est là et on va continuer d’être là. C’est dur mais c’est réaliste. »

Un constat encore plus parlant chiffres à l’appui. « C’est la réalité quand je me présente à la Ligue. Nous y sommes tous partenaires, donc je connais les chiffres des autres équipes et je peux comparer nos prévisions et nos résultats financiers. Si je prends par exemple la vente de billets, nous avons manqué notre coup de deux millions de dollars. Au total, il y avait un manque à gagner de trois millions de dollars pour la Ligue, dont deux venant de l’Impact de Montréal. »

Il y a évidemment plusieurs manières de lire le discours du président de l’Impact. Certains le teintent de pessimisme. D’autres se disent qu’il a les pieds sur terre et que dans de telles circonstances, les chances d’avoir d’heureuses surprises génératrices d’engouement sont bien plus élevées que lorsque les attentes sont fixées bien trop haut, comme ce fut le cas par le passé. Il est toutefois clair que la saison 2014 a été lourde de conséquences, et pas seulement sportives.

Series: 
Topics: