Mauro Biello, entre l'autel des résultats et les confessions de philosophie

Aux petites heures dans la nuit de samedi à dimanche, Frank Klopas a été congédié à Montréal, et remplacé par Mauro Biello. Hier et aujourd’hui, le nouvel entraîneur du club, mais également Adam Braz, le directeur technique, et Richard Legendre, vice-président en charge des opérations soccer, se sont exprimés à propos de cette décision, des objectifs futurs, mais également de la philosophie et de l’organisation du club. Voici un compte-rendu de l’essentiel de ce qui a été dit au cours des derniers jours.

Pourquoi Frank Klopas a-t-il été congédié ?

Legendre : Le sport professionnel est une affaire de résultats et les résultats des 11 derniers matches, 11 points, ne sont pas satisfaisants. Une seule victoire en 7 matches dans un mois d’août que nous avions identifié comme crucial, avec 4 matches à la maison mais aucune victoire. Ces résultats ont fait qu’on a pris la décision de remplacer l’entraîneur Frank Klopas par Mauro Biello.

Les résultats de la semaine dernière ont-ils été un couperet ?

Braz : Nous analysons les résultats de l’équipe et les tendances de manière continue durant la saison. Cette semaine était importante pour nous, avec le match retour de la Coupe du Canada, que nous voulions gagner pour retourner en Ligue des champions, et le match à Toronto, toujours important, et d’autant plus cette fois en raison du classement. Nous savions que si les choses allaient mal après cette semaine, nous devrions analyser la situation. En plus, nous nous retrouvons en-dessous de la ligne rouge, et il fallait inverser l’élan de l’équipe.

Les joueurs ont-ils été consultés, tant pour le congédiement de Klopas que pour le choix de son remplaçant ?

Braz : Non. C’est une décision qui doit être prise par le club. C’est à lui d’analyser la situation par rapport aux résultats et à la manière de les améliorer. Aux joueurs de travailler dur et de montrer sur le terrain que l’équipe est bonne, que le groupe est uni et a du caractère.

Pourquoi Mauro Biello plutôt qu’Enzo Concina, l’autre entraîneur adjoint ?

Braz : Mauro était le premier adjoint, et comme on le voit partout, si l’entraîneur est relevé de ses fonctions, c’est le premier adjoint qui prend le relais par intérim s’il reste au club. Enzo est là pour aider Mauro, avec toute son expérience et ses connaissances. C’est donc une décision naturelle.

Quels sont les objectifs de Mauro Biello ?

Legendre : On a besoin d’un dernier tiers de saison avec de meilleurs résultats, ça va de soi. Ce sera un défi avec onze matches en huit semaines. Ce n’est pas parce qu’on a des matches de retard qu’il y aura automatiquement des résultats positifs. On a besoin d’un nouvel élan et nous pensons qu’un nouveau leadership nous l’apportera. Nous avons confiance en Mauro Biello, et nous la lui attribuons pour le reste de la saison.

Biello : On a un groupe très talentueux, des joueurs de haut niveau. Mon travail est maintenant de faire ressortir ce talent. Ce ne sera pas facile en 11 matches, mais je suis très confiant qu’avec ce groupe, on peut réussir.

En quoi Biello va-t-il se démarquer de son prédécesseur ?

Biello : Je suis différent, j’ai un caractère différent. Peut-être que des choses vont changer, mais il faut prioriser ce qui est le plus important. D’abord, changer la mentalité, transmettre la passion et la fierté de jouer ici. On a tout ici pour réussir. On a un stade exceptionnel, un peuple exceptionnel, une ville et une province folles de ce sport, un superbe centre d’entraînement. Je me charge de transmettre tout ça dans mes messages, pour que tout le monde partage cette identité, la valeur de fierté que représente de porter notre maillot. Ça fait partie de mes différences par rapport aux autres entraîneurs. C’est en moi, je suis là depuis 20 ans, et si je l’ai, je dois le transmettre aux joueurs.

Legendre : Mauro, c’est une bonne combinaison de renouveau et de continuité. On a toujours eu le sentiment d’être sur le point de consolider notre position. Mais ce n’est pas ce qui est arrivé. Ce n’est pas une décision de fin de saison, mais une décision pour que le dernier tiers soit à la hauteur de ce qu’on pense qu’il doit être.

Quels changements Biello compte-t-il apporter dans le jeu ?

Biello : J’aimerais avoir beaucoup plus de phases de jeu répétées aux entraînements qui se reproduisent en match. Je vais essayer de bâtir mes entraînements de cette façon et de stimuler le groupe à cette fin. Je veux une équipe qui est capable de construire, de réagir, de s’adapter aux divers moments du match. Un match est divisé en moments différents lors desquels il faut être prêt, et appliquer nos principes dans notre organisation offensive, dans notre organisation défensive, dans les reconversions. Des principes travaillés chaque jour pour créer notre identité. On a déjà vu certaines bonnes choses, notamment en Ligue des champions mais aussi dernièrement. Ça représente beaucoup de travail, qu’il faut poursuivre pour implémenter certains principes.

Comment Biello compte-t-il gérer son passage d’adjoint à entraîneur principal ?

Biello : Mes tâches vont être différentes, ma communication va être différente. C’est normal. Je ne suis plus l’adjoint qui doit appuyer l’entraîneur, je dois prendre les décisions. Je vais parler avec les joueurs, leur dire ce que j’attends d’eux, leur dire quels sont leurs rôles et leurs responsabilités.

Que pense le nouvel entraîneur de la situation du capitaine, Patrice Bernier ?

Biello : Quand tu fais des choix, c’est normal que certains joueurs ne soient pas contents. Ça fait partie du sport. J’ai parlé avec Patrice hier, je sais ce qu’il peut apporter à l’équipe. Pour le moment, il est blessé. Je lui ai dit de se rétablir, et je suis sûr que quand il le sera, il pourra aider l’équipe. On a parlé du groupe, de ce qu’il pouvait faire pour aider en tant que capitaine, mais il n’est pas candidat au poste d’entraîneur adjoint. (Note : le club cherche un adjoint à Biello, des candidats ayant un vécu à l’Impact ont été approchés)

C’est le quatrième entraîneur du club en quatre ans. Comment avoir plus de stabilité à ce poste ?

Legendre : Il faut plus de constance dans les résultats. Quand on regarde les derniers mois, il y a eu des hauts et des bas… mais dernièrement, on a eu des bas. Les résultats, pour nous, c’est fondamental. Quand on parle de philosophie du club… On ne change pas d’entraîneur par plaisir de changer, mais parce qu’on n’a pas de résultats. C’est l’œuf ou la poule… On voit que les équipes qui ont de bons résultats en MLS de manière constante gardent le même entraîneur, mais qu’est-ce qui est venu en premier : l’entraîneur ou les résultats ? Il faut qu’on trouve de la constance !

Si le club se sépare d’autant d’entraîneurs, faut-il en imputer une part de responsabilité à ceux qui les ont choisis ?

Legendre : On a une approche collective et au fil des années, on a réussi à bâtir une équipe – tant chez les joueurs et les entraîneurs – où il y a eu un certain progrès. Il n’y a qu’à comparer cette année à l’année dernière. Est-ce suffisant ? On pense que non. On s’auto-évalue tout le temps, on pense avoir en mains une équipe qui peut avoir de meilleurs résultats qu’actuellement.

Quelle est la philosophie du club, et comment est-elle définie ?

Braz : La philosophie du club vient du comité exécutif-technique… mais Richard saura mieux vous expliquer comment ça fonctionne.

Legendre : Tout le côté technique et sportif va du président aux deux vice-présidents impliqués dans les décisions de soccer (Nick De Santis et moi-même), en passant par le secteur technique et tout le staff technique. Dès qu’il y a des décisions à prendre, ça se fait en groupe, et ces personnes-là ont toutes une influence sur la décision.

Braz (après avoir été relancé sur la question) : On joue un système en 4-2-3-1 avec un attaquant qui peut marquer… Je ne vais pas non plus détailler chaque position, ça prendrait trop de temps. On peut dire qu’on a beaucoup d’occasions en jouant en contre-attaque, avec succès, mais on a aussi montré qu’on a certains joueurs offensifs qui peuvent déstabiliser un adversaire plus bas sur le terrain, même si on n’y est malheureusement pas parvenu dernièrement. C’est notre système de base, avec des attaquants offensifs, créatifs et dangereux.

Mauro Biello pourrait-il jouer autrement qu’en 4-2-3-1 ?

Braz : Si Mauro veut changer de tactique… c’est à lui de voir. Mais par rapport à la philosophie, ce sera toujours discuté avec l’entraîneur en chef et les dirigeants qui en sont responsables. S’il pense qu’il faut changer le système pour atteindre nos objectifs cette saison, il va changer. S’il reste entraîneur après ça et veut changer la philosophie, c’est quelque chose dont on devra parler.

Biello : Pour moi, un système de jeu, c’est une animation, pas simplement de parler de 4-2-3-1. Ce qui est le plus important pour moi, c’est de jouer vers l’avant, de déséquilibrer l’adversaire, d’avoir des dédoublements des flancs. Ce sera basé sur les caractéristiques de nos joueurs. On a un excellent milieu offensif en la personne de Piatti, d’excellents ailiers, et en plus Drogba qui va amener des éléments qu’on n’avait pas. Je ne veux donc par exemple pas dire non au 4-4-2. Il faut comprendre qu’en face, il y a un adversaire, et à chaque changement de disposition, il faut équilibrer les risques.

Quel est le rôle exact de Nick De Santis au club ?

Legendre : Nick est impliqué dans l’équipe depuis X années, comme vice-président du développement international, mais aussi vice-président du développement technique. Si vous vous demandez si Nick a un rôle important à jouer dans l’organisation, la réponse est oui, et selon moi, c’est tant mieux (…) Il y a eu de nombreux changements depuis l’an dernier, et à nos yeux, qui fait quoi, c’est clair. Est-ce que Nick a encore un rôle à jouer dans le secteur technique ? La réponse est oui. Les choses ont changé depuis un an.

Pense-t-on déjà à 2016 ?

Braz : Après la fin de la saison, nous allons analyser la situation et prendre une décision plus permanente. Mais maintenant, nous nous concentrons sur les 11 derniers matches pour atteindre notre objectif. L’évaluation du travail de Mauro n’est pas liée au futur. La seule chose qui compte pour le moment, c’est cette saison. Après, le club va analyser et voir la décision à prendre pour l’entraîneur dans le futur. Mauro sait que son focus ne doit être que sur le reste de la saison.

Biello : La réalité de ce métier, c’est que je serai jugé sur mes résultats. J’en ai parlé avec la direction, et je suis d’accord avec ça. Mais c’est ma chance, et je vais la prendre. Je vais tout donner, et on verra ce qui arrivera à la fin de la saison.

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