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Soccer Culture

27 August 4:32 pm

En établissant son calendrier, la MLS programme des « Semaines des rivalités », lors desquels des clubs qui ne s’aiment pas s’affrontent. Cette saison, il y en a deux, et la deuxième se jouera au cours des prochains jours. Au programme : San José - LA Galaxy, Toronto - Montréal, Seattle - Portland et DC United - New York. Certes, la proximité géographique est une des raisons de ces rivalités. Mais certains matches en particulier ont surtout réussi à les faire monter en épingle. Voici quelques-uns de ces moments chauds qui, selon le camp dans lequel vous êtes, vous rappelleront des souvenirs soit excellents, soit exécrables.

DC United - New York, 3 octobre 1996. J’aurais pu vous parler de la fois où Alecko Eskandarian a fêté un but en buvant un Red Bull avant de le recracher sur le sol du Giants Stadium. Ou du double duel entre les deux équipes lors de la phase finale 2012, marqués tour à tour par un ouragan et une tempête de neige, mais le retour était à New York où est tombé le verdict, et je veux respecter le lieu de l’affrontement. Le plus marquant au RFK Stadium a eu lieu lors de la première saison de MLS, en 1996, lors d’un quart de finale décisif. Ils avaient lieu à l’époque sous forme de séries, au meilleur des 3 matchs, et chaque équipe en avait gagné un. À quatre minutes de la fin du temps réglementaire, alors que certains supporter locaux commençaient à jubiler car leur équipe menait 1-0, Antony De Avila a égalisé pour ce qui s’appelait à l’époque les MetroStars. Mais avant même la fin du temps réglementaire, John Harkes lançait Marco Echeverry qui s’est fait faucher dans le rectangle par Rob Johnson. Sur le penalty, Raul Diaz Arce prenait Tony Meola à contre-pied, offrant la qualification à DC United qui allait devenir quelques semaines plus tard le premier club à soulever la Coupe MLS.

San José - LA Galaxy, 9 novembre 2003. Au début des années 2000, ces deux équipes californiennes jouent les premiers rôles en MLS. Tenant du titre, San José avait remporté la Coupe MLS 2002, un an après s’être incliné en finale contre ce qui s’appelait encore le Los Angeles Galaxy (oui, une telle finale était possible à l’époque). Mais en 2003, les deux équipes s’affrontent en quart de finale. À l’aller, les Californiens du Sud s’étaient imposés 2-0, avant de prendre deux buts d’avance après 13 minutes à San José, qui avait donc 4 buts de retard. Mais, fidèle à son image, il n’a jamais abandonné. Jeff Agoos, d’un superbe coup franc direct, a rapidement sonné la charge. Landon Dononvan a ponctué une belle contre-attaque pour marquer le deuxième but des siens, avant que Jamil Walker ne relance l’espoir en début de deuxième mi-temps. Dans les tout derniers instants du temps réglementaire, Chris Roner a fait 4-2 de la tête, forçant les prolongations puisque à l’époque, on ne tenait pas compte des buts à l’extérieur. En revanche, la règle du but en or était alors en vigueur, et Rodrigo Faria a fait exploser tout le stade à la 96e minute, concluant ce qu’à San José, on considère comme la remontée la plus extraordinaire de l’histoire de la MLS. Pour en remettre une couche, San José a remporté la finale en battant Chicago… dans le stade de Los Angeles !

Toronto - Montréal, 22 juillet 2008. À l’époque, il y a un championnat du Canada (un vrai je veux dire, sous forme de championnat, pas de coupe) pour désigner le représentant du pays en Ligue des champions. On en est à la première édition, et le dernier match oppose le Toronto FC, club de MLS né la saison précédente, à l’Impact de Montréal, alors en D2 après 15 ans d’histoire. Il suffit d’un point à Montréal pour être champion, mais il est tout sauf favori de ce déplacement. La tension est palpable, et après un quart d’heure à peine, Rohan Ricketts fait 1-0. Mais on n’est pas encore à la demi-heure que Roberto Brown reprend victorieusement un corner de Joey Gjertsen. Toronto poussera tant et plus pendant une heure, mais se heurtera à une défense intraitable, emmenée par Stefano Pesoli et Nevio Pizzolitto qui, dans les tout derniers instants, effectuera une talonnade salvatrice à même la ligne devant Jeff Cunningham. Après une résistance extraordinaire, Montréal repartira avec un partage 1-1 acquis de haute lutte, et le point nécessaire au titre. Il se hissera ensuite en quart de finale de la Ligue des champions.

Seattle - Portland, 16 juin 2015. Certes, il y a déjà eu des duels bouillants entre ces équipes devant des dizaines de milliers de supporters. Mais celui-ci, en seizièmes de finale de l’actuelle édition de la Coupe des États-Unis, a dépassé l’entendement dans l’anonymat du Starfire Stadium, devant à peine 4000 spectateurs. Après les 90 minutes réglementaires, les deux équipes étaient à égalité un but partout, mais Seattle jouait déjà à neuf, suite aux deux cartons jaunes reçus par Brad Evans mais aussi à la sortie d’Obafemi Martins sur blessure alors que l’équipe avait déjà effectué ses trois changements. Après le but de Rodney Wallace qui a donné l’avance 1-2 aux visiteurs à la 100e minute, le match a tourné au vinaigre. Michael Azira a d’abord reçu une carte rouge directe pour un coup de coude sur Gaston Fernandez, au grand déplaisir de Clint Dempsey, averti pour protestation. Dans un geste de mécontentement, l’international américain a envoyé à terre le carnet de l’arbitre, avant de le ramasser… et de le déchirer, ce qui lui a valu un retour prématuré au vestiaire. Seattle terminait à 7, et perdait finalement 1-3.

21 August 1:19 pm

Didier Drogba disputera plus que probablement ses premières minutes en MLS ce samedi contre Philadelphie. Si la seule promesse effectuée par le staff technique montréalais est sa présence dans le noyau de 18 joueurs pour le match, tout indique qu’il foulera le terrain, reste à savoir combien de temps. Au passage, si vous voulez chanter en son honneur, oubliez l’ersatz sans rythme entonné à l’aéroport, et reprenez l’original de « Didier Drogba shalalalala » (où il y a une mélodie, et deux phrases différentes, la premières avec un shalala à 5 syllabes, la seconde à 6 ou 7 syllabes - la dernière étant souvent mâchée), doit voici quelques exemples : à Marseille, des supporters de Chelsea au stade et hors du stade.

Donc, disions-nous, le grand Didier va découvrir la MLS, à 37 ans bien tassés. Il ne sera pas la première grande vedette internationale à jouer dans notre compétition. D’autres avant lui s’y sont essayés et s’y essayent encore, souvent avec pas mal de réussite. Comment s’est passé leur premier match ? Souvenirs, plus ou moins lointains…

David Beckham : Celui qui avait temporairement et officieusement donné son nom à la règle du joueur désigné est arrivé au LA Galaxy à 32 ans en droite ligne du Real Madrid, où il avait passé quatre saisons après plus de dix ans à Manchester United. Blessé à la cheville puis au genou, il a d’abord participé à des duels amicaux, mais ses débuts en match officiel ont eu lieu le 9 août 2007 à DC United, où il est entré pour les 20 dernières minutes lors d’une défaite 2-0 de ses couleurs. Sa première demi-saison n’a pas laissé de souvenirs impérissables, puisque ses pépins physiques l’ont limité à cinq rencontres de championnat. Ça ne l’empêchera pas de rester cinq ans de plus en Californie et d’aider le club à retrouver les sommets.

Thierry Henry : Après huit saisons à Arsenal et trois à Barcelone, l’attaquant français est arrivé à New York quelques semaines avant de fêter ses 33 ans. Il a d’abord disputé deux duels amicaux contre des clubs étrangers, mais attendait surtout de se produire « quand ça comptait ». Et il n’a pas raté ses débuts ! Pour son premier match, le 31 juillet 2010 à Houston, il a joué 90 minutes et été à la base des deux buts de son équipe, qui a partagé l’enjeu 2-2 au Texas, faisant la sale besogne pour les offrir sur un plateau à Juan Pablo Angel. Ce jour-là, son bilan n’a pas été parfait, puisqu’il a aussi raté d’énormes occasions. Il a joué son premier match officiel à domicile le 11 août contre Toronto, avec une autre passe décisive à la clef, et a inscrit son premier but en MLS le 28 août, devant ses supporters face à San José.

Robbie Keane : Ancienne gloire de Tottenham, qui venait de le prêter à West Ham, Keane sentait qu’il devait relancer sa carrière en prenant la direction de Los Angeles (pour y remplacer un certain… Juan Pablo Angel). Il savait aussi qu’à 31 ans à peine, il avait encore beaucoup de buts sous les crampons et de belles années devant lui. Il n’a pas tardé à le démontrer. Titulaire à sa première apparition, le 20 août 2011 contre San José, soit quelques jours seulement après son arrivée en Californie, il trouvait le fond des filets après 21 minutes, concrétisant un caviar offert par David Beckham. Après 72 minutes, il était remplacé par Mike Magee, qui allait fixer les chiffres à 2-0. Cinq jours plus tard, Keane découvrait la Ligue des champions de notre coin du monde en étant titularisé contre Alajuelense.

Alessandro Nesta : Neuf saisons à la Lazio, dix à l’AC Milan (où il avait moins joué la dernière année), puis direction Montréal pour un des défenseurs centraux les plus élégants de son époque, qui voulait relever un nouveau défi à 36 ans. Son premier match a été à l’image de son passage au Québec : très discret, sans être mauvais. Il fait dire que ce 28 juillet 2012, les bleu-blanc-noir maîtrisaient leur sujet contre New York, s’imposant 3-1 grâce au premier but tant attendu de Marco Di Vaio, sur qui se sont braqués tous les projecteurs. Associé à Nelson Rivas dans l’axe de la défense, Nesta a largement contribué à mettre à l’aise une arrière-garde qui avait gagné en assurance grâce à lui, et a complètement éteint l’attaque adverse emmenée par Thierry Henry.

Obafemi Martins : Vedette de l’Inter Milan alors qu’il avait 20 ans à peine, avant de planter des buts pour Newcastle par la suite, l’attaquant nigérian restait sur trois saisons et demie en dents de scie avant de signer à Seattle alors qu’il n’avait pas encore soufflé ses 30 bougies. Contrairement aux joueurs évoqués plus haut dans ce texte, il est arrivé en début de saison, quelques jours cependant après la reprise du championnat. Son premier match en MLS, le 16 mars 2013, ne lui laisse pas de souvenirs impérissables puisqu’il est monté au jeu à 20 minutes de la fin et que Seattle a été tenu en échec 1-1 chez lui par son rival Portland. Oba a inscrit son premier but le 20 avril, seul but d’une victoire à Colorado. Blessé dans un premier temps, il a dû attendre le mois de mai pour commencer à jouer et à marquer régulièrement.

David Villa : Buteur d’une efficacité redoutable tant avec Valence qu’avec le Barça et en équipe nationale espagnole, Villa a été champion d’Espagne avec l’Atletico Madrid avant d’effectuer un détour par Melbourne en attendant de rejoindre New York City pour les débuts du club. Âgé de 33 ans, il était fin prêt à porter son nouveau maillot le jour-même du premier match de ses nouvelles couleurs, le 8 mars 2015 à Orlando. Ayant un rôle dans le but d’ouverture de Mix Diskerud, il n’a pas été des plus flamboyants, et a craint le pire lors d’un tackle dur d’Aurélien Collin, qui a valu l’exclusion du Français. Le duel s’est soldé par un partage 1-1. Une semaine plus tard, New York City effectuait ses débuts à domicile, une victoire 2-0 contre New England lors de laquelle Villa a ouvert la marque.

Kaka : Après six brillantes saisons à l’AC Milan, quatre belles années au Real Madrid, et un ultime crochet d’un an en Lombardie, Kaka a passé quelques mois à Sao Paulo avant de rejoindre Orlando qui effectuait ses débuts en MLS cette saison. Comme Villa, il était prêt pour le premier match de son club. Même lieu, même jour (et forcément même score), 1-1 contre New York City. Lui aussi titulaire aligné d’un bout à l’autre de la rencontre, il a mis 20 minutes à rentrer dans son match, dont il a finalement été le héros local. Il a en effet égalisé dans les tout derniers instants, d’un coup franc, certes dévié, mais qui a fait bondir de joie le public floridien, qui avait massivement répondu à l’appel de ce premier rendez-vous.

10 July 3:05 pm

En 2000, le Canada gagnait la Gold Cup. À quoi ressemblait son effectif à l’époque et, surtout, dans quelles compétitions se produisaient ses joueurs ? On sait qu’aujourd’hui, ils sont nombreux en MLS. Et entre temps, comment cela a-t-il évolué ?

Voici le portrait global de la sélection canadienne et son résultat lors de chaque championnat des nations de la Concacaf depuis sa seule victoire dans la compétition il y a 15 ans. Je vous laisse le soin de faire les liens entre tout ça. Une chose est sûre : la stabilité n’est pas la marque de fabrique de la carrière des internationaux canadiens.

2000 (victoire) : D1 écossaise (3 joueurs), D2 écossaise (3), D1 anglaise (2), D2 anglaise (2), D3 anglaise (2), D4 anglaise (1), MLS (1), D2 américaine (1), D1 belge (1), D1 brésilienne (1), D3 allemande (1), CPSL (1), sans club (2)

2002 (demi-finale) : D1 écossaise (3 joueurs), D2 allemande (2), D3 anglaise (2), D2 américaine (2 ; 1 dans un club américain, 1 dans un club canadien), MLS (1), D1 allemande (1), D1 suédoise (1), D1 suisse (1), D2 anglaise (1), D4 anglaise (1), D2 écossaise (1), D2 grecque (1), D2 chinoise (1)

2003 (1er tour) : Clubs canadiens de D2 américaine (3), D1 écossaise (3), D3 anglaise (3), D1 suédoise (2), MLS (1), D1 anglaise (1), D1 allemande (1), D3 allemande (1), D1 suisse (1), D1 autrichienne (1), sans club (1)

2005 (1er tour) : Clubs canadiens de D2 américaine (7), D2 anglaise (3), D1 norvégienne (2), D3 norvégienne (1), MLS (1), D1 anglaise (1), D3 anglaise (1), D1 écossaise (1), D1 suédoise (1), D2 allemande (1)

2007 (demi-finale) : MLS (8 ; 4 dans un club canadien, 4 dans des clubs américains), clubs canadiens de D2 américaine (3), D1 danoise (3), D2 allemande (2), D1 espagnole (1), D1 anglaise (1), D2 anglaise (1), D1 néerlandaise (1), D1 belge (1), D1 écossaise (1), D1 tchèque (1)

2009 (quart de finale) : MLS (5 ; 4 dans des clubs américains, 1 dans un club canadien), D1 danoise (4), D1 allemande (2), D2 allemande (1), club canadien de D2 américaine (1), D1 espagnole (1), D1 néerlandaise (1), D1 belge (1), D1 écossaise (1), D1 norvégienne (1), D2 anglaise (1), D3 anglaise (1), D4 anglaise (1), sans club (2)

2011 (1er tour) : MLS (5 ; 3 dans des clubs américains, 2 dans des clubs canadiens), D2 anglaise (3), D1 turque (2), D2 allemande (2), D1 allemande (1), D3 allemande (1), D4 allemande (1), club canadien de D2 américaine (1), D1 néerlandaise (1), D1 norvégienne (1), D1 serbe (1), D1 danoise (1), D1 roumaine (1), D2 française (1), D2 portugaise (1)

2013 (1er tour) : MLS (8 ; 6 dans des clubs canadiens, 2 dans des clubs américains), D1 norvégienne (2), D1 allemande (1), D2 allemande (1), D4 allemande (1), D1 turque (1), D1 chypriote (1), D2 anglaise (1), D3 anglaise (1), D2 suédoise (1), D2 portugaise (1), équipe de jeunes D1 espagnole (1), sans club (3)

2015 (en cours) : MLS (10 ; 5 dans des clubs canadiens, 5 dans des clubs américains), D3 anglaise (2), D2 anglaise (1), club canadien de D2 américaine (1), D1 japonaise (1), D1 suédoise (1), D1 israélienne (1), D1 norvégienne (1), D2 norvégienne (1), D2 allemande (1), D3 allemande (1), D2 portugaise (1), D4 espagnole (1)

Note : Évidemment, le niveau des clubs n’est pas le seul critère, il faut également voir si les joueurs sont titulaires ou même pas sur le banc, et à quel stade de leur carrière ils en sont. Une recherche qui prendrait beaucoup de temps pour cette liste de près de 200 noms.

26 June 10:56 am

La Coupe du monde féminine de soccer a longtemps été l’affaire de quelques pays. États-Unis et Allemagne en tête, suivis par les nations scandinaves, le Brésil, la Chine ou encore le Canada. Mais depuis peu, la France a rattrapé tout ce beau monde. Et pourtant, les demi-finalistes de la dernière Coupe du monde et des derniers Jeux olympiques ne comptent que 80 000 footballeuses. Soit à peine plus que dans… le seul Québec. Au Canada, elles sont 340 000, 250 000 en Allemagne, et environ 1,5 million aux États-Unis. Alors, qu’a fait la France pour avancer plus vite que les autres ?

« Ça a commencé à l’époque de Marinette Pichon, qui a joué plusieurs saisons aux États-Unis et a mené la France à un autre niveau, explique Laetitia Béraud, envoyée spéciale à la Coupe du monde du site footofeminin.fr. Les dirigeants ont vu qu’il y avait moyen de faire quelque chose, et ont constaté l’écart avec les autres pays. »

UN CHAMPIONNAT AVEC DE PLUS GROS MOYENS

Si le championnat de France féminin existe depuis plusieurs décennies, ce sont les clubs de D1 masculine qui ont amorcé le changement. « L’argent vient du masculin. Montpellier est le premier à avoir misé sur le foot féminin, au début des années 2000. Le club a commencé à payer les joueuses à plein temps. Il a dominé le championnat et comme leur équipe masculine aussi était bonne à l’époque, cela a suscité un intérêt pour le foot féminin car les gens se demandaient quel était leur secret. Ensuite, Lyon les a copiés et est passé devant. Et maintenant, avec les Qataris, le PSG consacre un budget de plusieurs millions à son équipe féminine. » Cette année, les budgets annuels de Lyon et du PSG tournent autour des 6,5 millions d’euros (plus de 9 millions de dollars canadiens).

Actuellement en France, il y a donc deux mouvements parallèles. D’un côté, des clubs qu’on pourrait appeler « historiques » du foot féminin, comme Juvisy, qui ont des ambitions mais moins de moyens. De l’autre, le PSG, Lyon ou Montpellier, des clubs dont l’équipe masculine est parmi l’élite. « Le président de ces clubs s’est dit qu’il allait mettre une petite part du budget pour les filles. Dans le budget du club, ça ne représente rien, mais pour les filles, c’est énorme ! »

Et pour cause ! Si à Paris, avec ses riches investisseurs, la part destinée au féminin représente une goutte d’eau (à peine 1,5% du budget du club), même à Lyon, avec moins de 6% consacrés aux filles, on ne se ruine pas. Certains se demandent si les clubs de MLS ne devraient pas prendre exemple, pour solidifier un championnat féminin dans notre coin du monde. Il y a évidemment une réflexion à faire par rapport au budget, bien moindre que celui des clubs européens, pour qui « ça ne coûte presque rien, et apporte une bonne conscience ». Autre comparaison intéressante : le championnat de France se joue d’août à mai. La NWSL, qui représente actuellement le meilleur niveau aux États-Unis, commence à la mi-avril et se termine en août.

Revers de la médaille des nouveaux investissements en France : on y assiste à un championnat à deux vitesses, largement dominé par les équipes les plus riches. Si la situation existe depuis dix ans et n’a pas empêché le niveau de monter, à terme, il faut que cela change. « C’est une limite pour que le foot féminin français franchisse un pallier, estime Claire Gaillard, qui suit l’équipe de France pour L’Équipe, le quotidien sportif de référence en France. Il y a un besoin d’expérience répétée du haut niveau. L’exemple qui l’illustre le mieux, c’est le point faible de l’équipe de France : pas étonnant que ce soit la gardienne. Le vivier est moins grand ; en championnat, elle ne peut pas progresser car son équipe gagne sur des scores fleuves et elle ne voit presque jamais le ballon. Seule la Ligue des champions lui permet de s’améliorer. »

L’EXPÉRIENCE ET LE BAROMÈTRE DE LA LIGUE DES CHAMPIONS

En effet ! Le championnat n’a pas tout fait à lui seul. Depuis 2001, les meilleurs clubs européens s’affrontent en Ligue des champions. Quand on demande aux joueuses la raison des progrès français, elles citent toutes la compétition internationale. « En France, c’est devenu de plus en plus professionnel. Désormais, tout le monde s’entraîne dans de bonnes conditions. Jouer la Ligue des champions nous a aidées à gagner en expérience », déclare par exemple la gardienne titulaire des Bleues, Sarah Bouhaddi.

« Au début, il y avait de gros écarts, reprend Laetitia Béraud. Et puis, en 2010, on s’est rendu compte qu’il y avait plus de suspense durant les rencontres et, l’année suivante, Lyon a gagné la Ligue des champions ! Cela ne bénéficie pas qu’aux clubs français. C’est un vrai test pour tous les championnats européens et pour les grands clubs, comme Chelsea ou Barcelone. C’est ce qui permet réellement de savoir où on en est dans le foot féminin. » Une compétition internationale de clubs, encore un avantage concurrentiel pour les Européennes par rapport aux Américaines et aux Canadiennes.

Seul défaut, relatif, de cette Ligue des champions : l’élite féminine européenne se résumant souvent aux mêmes clubs, l’écart se creuse avec leurs poursuivants dans leurs championnats respectifs. Il y aurait peut-être une solution. « Ce qui est dommage, c’est qu’il n’y ait rien en-dessous, comme l’Europa League chez les messieurs. Cela constituerait une motivation supplémentaire pour les clubs qui sont un cran juste en-dessous, d’autant qu’en championnat, ils se retrouvent systématiquement derrière les grands. »

LES VOLONTÉS DE LA FÉDÉRATION

Un championnat avec plus de moyens, une compétition internationale pour gagner en expérience : si les progrès passent par les clubs, il ne faut pas négliger le rôle de la Fédération. « 2011 a été un révélateur, explique Claire Gaillard. Lors de la Coupe du monde en Allemagne, le président de la Fédération Noël Le Graët assistait pour la première fois à du foot féminin. Et il jalousait l’Allemagne. Il a lancé un plan de féminisation du football féminin. Avant 2011, l’équipe de France, c’était du pur amateurisme. Il y avait très peu de licenciées, elle n’était pas suivie et ne bénéficiait pas d’une préparation aussi professionnelle qu’aujourd’hui. Le beau parcours de 2011, c’était surtout grâce à Lyon et à Juvisy. Dans les autres clubs, les joueuses étaient généralement à mi-temps et combinaient le football avec un autre travail ou des études. »

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De l’équipe de France A aux petites filles qui frappent dans leurs premiers ballons, la Fédération française de football a couvert toutes les sphères du soccer féminin. De 45 000 joueuses il y a 4 ans, l’objectif est d’atteindre les 100 000 fin 2016. Des structures sont mises en places. Et les moyens mis à la disposition de l’équipe de France féminine sont de plus en plus comparables à ceux de leur homologue masculine. Voilà qui en dit long sur la marge de progression des Françaises, puisque ce plan ne portera complètement ses fruits que dans quelques années.

PROGRÈS TACTIQUES, PROGRÈS PHYSIQUES

Malgré tout, en 2011, une chose avait déjà sauté aux yeux de tous les observateurs : alors que dans le soccer féminin, le kick and rush et le jeu physique constituaient la norme de réussite des grandes nations depuis 20 ans, la France a régalé les observateurs grâce à son jeu collectif tout en combinaisons. « La raison est simple : la France a toujours aimé le beau jeu. On a insisté sur la qualité technique… comme on le faisait chez les garçons. C’est une philosophie française de “vouloir jouer”. En plus, il y a peu de fautes chez les filles, et ça amplifie l’efficacité du phénomène. »

« L’ancien sélectionneur Bruno Bini a décrété que l’avantage de mieux maîtriser les aspects tactiques pouvait faire une différence, renchérit Laetita Béraud. Mais en championnat de France, il n’y a quand même que quatre équipes qui les maîtrisent, les autres jouent toujours du kick and rush. Avant, la France jouait aussi du kick and rush… car tout le monde faisait ça. »

Ces progrès tactiques ne sont pas venus seuls. Les circonstances sont aujourd’hui plus favorables pour travailler. « La médiatisation du foot féminin permet d’avoir plus d’informations. Avant, on avait du mal à connaître notre adversaire, c’était donc difficile de développer une tactique en fonction de lui. En plus, le physique suffisait alors à faire la différence. »

Mais c’est un cocktail complet qui a permis aux Françaises de tutoyer les meilleures. « Le savoir-faire des garçons a été appliqué aux filles. Bergeroo a amené la tactique, les filles avaient déjà une très bonne technique ; physiquement, elles sont encore en-dessous, mais ça se rattrape. Comme elles sont professionnelles désormais, elles ont le temps pour faire de la musculation, et après trois ans, ça paye. »

« Physiquement, on a progressé, confirme l'attaquante Eugénie Le Sommer, une des vedettes de l'équipe de France, interrogée sur l’écart qui se comble avec les Allemandes. On a nos qualités techniques, et notre style de jeu peut les embêter. »

Il y a également une mentalité particulière. Venu du soccer masculin, le sélectionneur actuel Philippe Bergeroo a découvert un univers auquel il ne s’attendait pas. « Les filles connaissent le foot, et le suivent, explique l’ancien gardien de but qui a participé à la Coupe du monde 1986. Si on parle des matches de championnat anglais du week-end et que je me trompe sur un truc, je me fais immédiatement reprendre ! Lors de nos séances vidéo, elles ne veulent pas que je leur montre ce qui a bien été dans le match, elles veulent le négatif ! Il y a une volonté permanente de s’améliorer. » À l’issue de la première de ces séances, il a été tout surpris de voir la plupart des joueuses venir vers lui avec leur clef USB et demander les images, afin qu’elles puissent les revoir à l’envi par la suite !

DES SALAIRES QUI FACILITENT LE CHOIX DE CARRIÈRE

Une mentalité de pro, donc, et désormais dans un environnement professionnel, nous explique la journaliste de L’Équipe. « Si le contrat des joueuses en club n’est pas appelé pro, à mes yeux, elles le sont puisque le foot est le métier auquel elles se consacrent à plein temps : entraînement, préparation physique, matches, etc. Ça a permis de progresser, et le recrutement de joueuses internationales a amené de l’expérience, d’où de meilleurs parcours en Ligue des champions. Cela se répercute sur l’équipe nationale, qui en profite. »

Chiffres à l’appui, cela reste impressionnant, surtout quand on part du principe qu’en NWSL, le salaire annuel maximal est de 37 000 dollars américains (44 000 dollars canadiens). À Lyon, le salaire mensuel moyen est de 10 000 euros par mois, à Paris de 7000 (respectivement 14 000 et 10 000 dollars canadiens). L’internationale Lotta Schelin, joueuse la mieux payée du championnat, perçoit mensuellement 17 000 euros. En comparaison, seuls six joueurs de l’Impact de Montréal ont eu un plus gros chiffre sur leur fiche de paye en 2014 ! Si le Paris Saint-Germain avait remporté la Ligue des champions, chaque joueuse aurait reçu une prime de 5000 euros.

Même certains clubs plus modestes offrent des salaires mensuels entre 3000 et 5000 euros à la plupart de leurs titulaires : pas assez pour mener la grande vie de certains sportifs professionnels ni pour constituer un viatique pour son après-carrière, mais suffisamment pour être aussi bien payé que dans de nombreuses autres professions. Sans oublier que les joueuses ont des temps libres leur permettant d’avoir une autre source de rémunération à temps partiel.

« Juvisy est semi-pro : le temps de travail des joueuses y est aménagé pour qu’elles ne doivent pas s’entraîner en soirée. Des clubs comme Guingamp ou Montpellier ont une organisation qui facilite la pratique du football. Beaucoup de joueuses allemandes qui viennent en France nous disent que les salaires y sont comparables : ceux de Wolfsburg, le club allemand au plus gros budget, sont environ les mêmes qu’au PSG. »

Avec de tels moyens, il y a évidemment moins d’hésitations au moment du choix de carrière. « Marie-Laure Delie (27 ans) explique que plusieurs de ses anciennes coéquipières très talentueuses ont arrêté, car à l’époque, on ne leur proposait pas plus de 400 euros par mois. C’était trop contraignant. L’idée, désormais, est que les filles ne passent pas à travers. Il y a moins de problèmes d’impératifs de vie. Elles sont prêtes à partir de chez elles. Elles attendent la fin de leur carrière pour avoir des enfants. Pour un joueur, avoir un enfant à 20 ans n’a pas de répercussions aussi directes… »

LA FORMATION DES JEUNES PROGRESSE À GRANDS PAS

Chez les jeunes aussi, la situation a beaucoup évolué ces dernières années. Peu nombreuses, les joueuses n’ont longtemps pas eu la vue facile. « De plus en plus de clubs ont une structure féminine, mais le chemin est encore long. À de rares exceptions près, les joueuses qui sont ici à la Coupe du monde ont toutes commencé à jouer avec les garçons, car il n’y avait pas de structure pour les accueillir quand elles étaient jeunes. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas. »

«  En France, s’il n’y a pas d’équipe féminine, on joue en mixte jusqu’à 13 ans, mais après ce n’est plus possible, précise Laetitia Béraud. Le jour où il n’y aura plus de filles qui joueront avec des garçons, ça pourrait être considéré comme une victoire puisque ça voudrait dire que suffisamment de filles jouent. Mais il y a 15 ans, à la fin du mixte, les 15-18 ans devaient attendre l’universitaire pour retrouver quelque chose. Étonnamment, c’était un problème juste pour le football, pas pour d’autres sports comme le handball ou le volley. »

Comme aux États-Unis, les universités ont donc été un vivier de joueuses. Une situation désormais révolue. « Il y a 10 ans, l’universitaire, où on arrive vers 18-19 ans, constituait une réserve de recrutement pour les clubs de D1. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Si tu es bonne à 15 ans, tu intègres les équipes de jeunes d’un bon club. »

Entre temps, la Fédération a mis sur pied des pôles espoirs, permettant aux meilleures joueuses de combiner sport de haut niveau et études. « Ils ont permis d’avoir une structure complète pour les équipes nationales de jeunes, explique Claire Gaillard. Avant, derrière l’équipe nationale A, il n’y avait pas souvent grand-chose. En plus, ces équipes sont maintenant supervisées par d’anciennes internationales, comme Sandrine Soubeyrand. »

Si désormais, la France est bien représentée sur la scène internationale dans les catégories d’âge, ses joueuses viennent de moins en moins de ces pôles espoirs. « Étant donné que les clubs sont de plus en plus structurés, ils sont de moins en moins nécessaires. Les clubs s’associent à des établissements scolaires où vont toutes leurs joueuses, pour former des sports-études. »

Ce qui n’empêche pas la Fédération de veiller sur ces joueuses comme sur la prunelle de ses yeux. « Ça n’a pas trop bougé entre le groupe des -17 ans en 2012 et celui des -20 qui était ici l’an dernier. La Fédération les chouchoute : elle ne peut pas se permettre de perdre des talents, le choix n’est pas assez large, le vivier n’est pas assez grand. »

CONCLUSION

Efforts financiers et meilleure organisation des clubs, compétitions plus relevées sur la scène nationale et internationale, énorme volonté de la Fédération, salaires qui permettent de vivre décemment en se consacrant pleinement au soccer et formation qui facilite un développement optimal : le visage du soccer pratiqué par les filles a considérablement changé en quelques années en France.

Les résultats se voient sur le terrain. Qu’on ne s’y trompe pas : le mouvement n’en est qu’à ses prémices, d’autant que la France organisera la Coupe du monde en 2019. Tout le monde y est conscient qu’il y a encore une énorme marge de progression. Et s’il n’y a pas si longtemps que cela, les États-Unis faisaient figue de modèle, désormais, ce n’est plus de notre côté du monde que l’on cherche les exemples pour aller de l’avant. Il n’y a qu’à constater l’enthousiasme d’Eugénie Le Sommer lorsqu’elle déclare : « En Allemagne, le foot féminin est tellement développé ! Elles ont tout pour elles : que ce soit en nombre de licenciés, dans les clubs, c’est ce qui se fait de mieux en Europe. Mais on se rapproche ». La révolution du soccer féminin est en marche, et gare à ceux qui rateront le train !


Lectures complémentaires : J’ai rêvé d’être footballeuse, le parcours des championnes françaises d’aujourd’hui – Paroles de pionnières, ces Françaises qui ont promu le soccer féminin aux États-Unis il y a 40 ans.

23 June 9:06 am

Trois sujets sont au programme de notre première émission de l’été (également disponible ici) : la Semaine des rivalités de la MLS, la victoire de Montréal contre Orlando et l’histoire du soccer féminin au Québec.

SEMAINE DES RIVALITÉS

  • Un concept enthousiasmant ?
  • Quelle est la « reine » des rivalités en MLS ?
  • Qu’attendre du derby new-yorkais ?

MONTRÉAL - ORLANDO

  • Montréal a-t-il remporté sa victoire la plus convaincante de l’année ?
  • Laurent Ciman est-il déjà entré dans la légende de l’Impact de Montréal ?
  • Faut-il qu’il aille au Match des étoiles ?
  • Le collectif a-t-il été à la hauteur des individualités qui se sont démarquées ?
  • Une stratégie qui oblige Piatti à gommer ses travers ou fait reposer tous les espoirs sur lui ?

SOCCER FÉMININ AU QUÉBEC

  • Les premiers clubs à le développer et à s’illustrer sur la scène nationale
  • Les nombreux obstacles auxquels les joueuses ont été confrontées depuis 30 ans
  • Les grands noms de l’histoire du soccer féminin québécois, sur le terrain et en dehors
  • Aventures et mésaventures des clubs québécois de W-League depuis 15 ans
  • Et aujourd’hui, où en est-on ?

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19 May 1:09 pm

Entre le prestigieux Festival de Cannes et, à Montréal, Pitchfest où seront projetés 14 films consacrés au ballon rond, le cinéma est à l’honneur cette semaine et l’émission Coup Franc (également disponible ici) se met au diapason. Nous recevons Benoît Mariage, réalisateur du film Les Rayures du Zèbres, et parlons d’autres films à l’affiche en établissant des liens concrets entre les sujets qu’ils évoquent et les réalités de la MLS et du soccer dans notre coin du monde.

Benoît Mariage nous apprend que son film est inspiré de faits réels et d’un recruteur qui a également amené des joueurs de MLS en Europe. Il nous parle du franc parler des personnages et du côté moins politiquement correct de son film, qu’il n’a pas voulu évacuer pour coller au mieux à ce qu’il avait constaté lors de son travail de recherche. Les espoirs démesurés de certains jeunes joueurs et l’attitude de certains agents font bien entendu partie des discussions. On évoque également avec lui la difficulté de réaliser des films de soccer et ses références dans le genre.

Parmi les autres sujets de conversation (toujours sur base des films de Pitchfest) :

  • Les joueurs africains en MLS
  • La difficulté de recruter en Afrique pour les clubs de MLS
  • Montréal devrait-il chercher des joueurs en Algérie et en Chine ?
  • À quel point la diffusion de la MLS dans le reste du monde est-elle importante ?
  • L’attraction suscitée par le milieu des hooligans
  • Le contexte socio-économique de la « génération hooligans »
  • Comment se reconnaître dans les équipes créées de toutes pièces ?
  • À quoi les supporters s’identifient-ils le plus ?
  • Le soccer, vecteur fort de l’identité québécoise ?
  • La place des supporters dans les décisions des clubs
  • Les progrès du soccer féminin à travers le monde depuis 12 ans
  • À quel point la prochaine Coupe du monde féminine est cruciale pour le Canada

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06 May 1:05 pm

Ligue des champions, Coupe du Canada et guerres mondiales : les sujets de l’émission de cette semaine (que vous pouvez également écouter ici) sont très variés. Des pas en avant à effectuer à Montréal et en MLS suite à cette aventure au calendrier des compétitions en passant par la disparition du soccer dans les journaux, on associe les leçons du passé et les objectifs plus élevés. Et on vous annonce aussi les finalistes du Franco du mois d’avril.

LIGUE DES CHAMPIONS

  • Peut-on dire que le plus fort a logiquement gagné ?
  • Mais que se passe-t-il donc en début de deuxième mi-temps ?
  • Dans quel état physique sont les joueurs montréalais ?
  • Que doivent faire les clubs de MLS pour gagner la Ligue des champions ?
  • Des choses à dire sur l’arbitrage ?

COUPE DU CANADA

  • Qui est tenant du titre : Montréal ou Vancouver ?
  • Le changement de calendrier, une idée aux conséquences néfastes ?
  • Une compétition invendable ou mal vendue ?
  • Sportivement, cette compétition doit-elle être en bas de la liste de priorités ?

CHRONIQUE HISTORIQUE

  • Quelles conséquences les guerres mondiales ont-elles eu sur le soccer au Québec ?
  • Quel était le portrait avant les conflits ?
  • Les compétitions et les clubs ont-ils tenu le coup pendant les guerres ?
  • Pourquoi le soccer a-t-il disparu des médias après la Seconde Guerre mondiale ?

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10 April 3:18 pm

La semaine a été marquée par la qualification de Montréal pour la finale de la Ligue des champions. Matthias Van Halst et Olivier Tremblay étaient sur place et vous font partager tout ce qu’ils ont vécu à Alajuela dans l’émission de cette semaine (également disponible ici), lors de laquelle on parle aussi Franco du mois, équipes nationales de jeunes et décisions juridiques.

Principaux sujets concernant Montréal - Alajuelense :

  • L’accueil chaleureux dans la ville d’Alajuela
  • L’ambiance le jour du match et pendant celui-ci
  • Des supporters très chauds mais rarement agressifs
  • La qualification montréalaise tirée par les cheveux
  • Efficacité offensive et naissance d’automatismes
  • L’apport de Bernier après sa montée au jeu
  • Les commentaires des joueurs après la rencontre
  • Bush et Soumare ont joué avec le feu
  • S’arrêter de jouer ou tourner les dos : des erreurs à ne plus commettre
  • L’Importance de cette qualification pour l’Impact de Montréal
  • Quelques mots sur la finale contre l’America Mexico

Les autres sujets :

  • Dévoilement du franco du mois de mars (victoire de Damien Perrinelle)
  • Pas de jeune de l’Impact en équipe nationale U17 : les explications de Rudy Doliscat
  • Club de lecture : soccer et justice (gagnez le livre)

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06 April 11:20 am

Dimanche 5 avril. Aucun match de prévu au stade Alejandro Morera Soto, à quelques encablures de mon hôtel. Je décide néanmoins d’y aller. D’y retourner en fait, parce que j’avais déjà visité l’endroit au matin. Montréal est censé s’entraîner vers 16h00 et n’a pas fait savoir où. Ce n’est pas bien grave puisque la séance est à huis clos. Mais sait-on jamais…

Je sors, il est presque 17h00. Au coin de la rue, le bar La Liga. Avec un gros logo du club au-dessus de la porte. Impossible de se tromper sur sa vocation et le public qui le fréquente. Les rues sont calmes en ce dimanche de Pâques. Tout ou presque est fermé. Difficile de se restaurer. Les gens sont chez eux. Quelqu’un semble avoir mis la musique à fond, des basses résonnent lourdement.

Je m’approche du stade, la musique s’est calmée. Pourtant, elle venait bien de là. Je tourne le coin, et je tombe sur une marée de gens en maillot rouge et noir. Mais que se passe-t-il ? Les supporters sont amassés devant les guichets, pourtant bel et bien fermés. D’ailleurs, tous les billets pour le duel de mardi sont vendus depuis longtemps. Il n’y a pas non plus de match aujourd'hui, l'équipe a lamentablement perdu la veille en alignant ses réservistes. Je me renseigne, avec mon espagnol plus que rudimentaire. La réponse qui revient le plus souvent : c’est une réunion de motivation pour les supporters !

Le stade d'Alajuelense, ses tribunes à pic, avec, au loin, des volcans qui reflètent bien l'ambiance qui y règne les jours de match... mais parfois aussi à d'autres moments.

Oui, vous avez bien lu. Deux jours avant le match, sans raison apparente, les supporters les plus fervents vont devant le stade et chantent comme s’ils étaient dans la tribune ! L’un ou l’autre me dit aussi que la rumeur courait que Montréal viendrait s’entraîner ce soir. Difficile de savoir d’où elle sort, puisque même les principaux intéressés n’ont connu leur lieu d’entraînement qu’à la dernière minute, et qu’il était bien loin de là. Mais, au cas où, il y aurait eu un comité d’accueil pour faire forte impression. De toute façon, ce n’était qu’une rumeur, peu de monde m’en a parlé, et une chose est sûre : tous les supporters présents auraient été là, entraînement de Montréal ou non.

À peine le temps d’en savoir plus, et l’ambiance est relancée. La fanfare s'en donne à cœur-joie. Ça chante, ça saute, ça danse dans tous les sens. À quel point le match de mardi est-il important pour les supporters d’Alajuelense ? Très important ? Méga important ? D’une importance plus que gigantissime ? Non, encore plus important que ça ! Les paroles de la moitié des chants, sûrement habituels au stade, avaient été modifiées pour y introduire les mots mardi et gagner. Ça en dit long.

Il y de l'entrain dans les cœurs. Tout le monde y croit. Soudain, silence. Ou plutôt, les chants se font plus calmes pour céder la place à des sirènes de motos de police. Une partie des supporters se précipite. On croit qu’elles escortent l’ennemi montréalais. Les sifflets se font entendre. Mais les éclaireurs reviennent déçus : ce sont juste des policiers qui sont là au cas où il y aurait des débordements. Ils se postent un coin de rue plus loin, observent et se font discrets. Ils ne sont pas très nombreux, une dizaine tout au plus, et n’auront jamais à intervenir.

Indoor soccer. Oui, vous avez bien lu. Et, oui, on est toujours dans le stade d'Alajuelense, qui a aussi une vocation sociale.

Ça donne l’occasion de faire une pause. Il fait chaud, et il faut boire beaucoup. Le sympathique hôte de mon hôtel me l’a aussi vivement conseillé. Quant à la propriétaire des lieux, elle m’a appris que, comble du hasard, dans la chambre à côté de la mienne loge… un joueur d’Alajuelense. Un Brésilien arrivé au début de l’année avec un contrat d’une demi-saison. Tant qu’il n’en sait pas plus sur son avenir, il reste installé ici. Il déménagera s’il signe pour plus longtemps.

Fin de la pause. Les chants peuvent reprendre. Personne n’est parti, évidemment. Le trompettiste est particulièrement en forme. Il donne le rythme, tout le monde connaît bien entendu les paroles et sait quand il faut taper des mains, chanter ou sauter. Cette ambiance me prend aux tripes. Je n’ai jamais autant regretté de ne ni parler ni comprendre l’espagnol.

Les supporters sont environ 500 à vue de nez. De tous âges. Les jeunes dans la vingtaine et début trentaine sont majoritaires. Certains sont âgés de quelques mois ou de quelques années à peine. Je regarde l’un d’entre eux passé des épaules de son père à celles de sa mère en me disant qu’il a de la chance d’être là. Pas de vivre cet instant précis, dont il ne se souviendra probablement pas, mais de se faire passer le virus de ce sport que nous aimons tant. Dans 15 ans, c’est peut-être lui qui lancera les chants. Non loin de lui, une jeune fille en fauteuil roulant.

L'entrée des loges, rare lieu de luxe d'un stade où règne une grande ferveur populaire.

D’autres sont beaucoup plus anciens. Soudain, devant moi, une femme d’un âge plus qu’avancé mais en toute grande forme, me voyant certainement plus calme que la moyenne et même pas aux couleurs d’Alajuelense, vient me taper dans les mains et m’invite à danser avec elle ! Elle m’expliquera qu’elle supporte le club depuis 50 ans, et me montrera fièrement sa place d’abonnée dans la tribune populaire ouest. Comment lui refuser ça ? Ainsi, si vous me voyez danser avec des supporters sur une vidéo sortie de nulle part, vous savez comment ça a commencé. Quoi, Rachel Bonnetta n’est pas la seule à y avoir droit !

Les supporters m’interpellent. Me demandent d’où je viens. Cheveux clairs, peau à moitié blêmie par l’interminable hiver montréalais et à moitié couleur rouge-écrevisse suite à un coup de soleil, ce n’est pas courant dans le coin ! Comment vais-je être accueilli ? Je la joue en deux temps. Je commence par dire que j’ai grandi en Belgique. Directement, on me parle avec fierté d’Oscar Duarte, joueur de Bruges venu d’Alajuelense (et auteur d’un but à la dernière Coupe du monde).

Rapidement, j’enchaîne quand même en expliquant que désormais, je vis au Canada et suis journaliste. Les réactions ne sont pas hostiles, même si j’ai bien entendu droit à quelques regards réprobateurs (mais pas méchants) et pouces vers le bas. Ça n’empêche pas les conversations de continuer. Tout le monde autour de moi est évidemment persuadé de l’issue favorable à leurs favoris mardi.

Et puis, la discussion avançant, je leur explique qu’ils m’ont conquis. Que je découvre le foot sur place au Costa Rica et qu’entre tous les clubs du pays, avec ce que je vis aujourd’hui, “mi corazon esta Alajuelense”. Joie comme si leur équipe avait marqué en but. Enfin, non, quand ils marquent, ça doit être bien plus fou que ça. Leur fierté fait chaud au cœur. Et l’allégresse se poursuit quand je tente de dire que c’est tout naturel pour un gars qui grandi à Bruxelles avec le cœur rouge et noir, et anti-mauve (couleur de Saprissa, ennemi juré d’Alajuelense).

Les supporters d'Alajuelense sont à la fois lions, sympathiques et accueillants. Cette image souhaitant la bienvenue et décorant l'entrée du vestiaire de leur équipe les représente bien.

Il n’y a toutefois pas de haine malsaine envers le rival. D’ailleurs, un supporter clairement affiché mauve est passé en voiture dans la rue. Un seul être vêtu de rouge et noir a réagi plus durement : un chien, car il y en avait un autre à l’arrière du véhicule. En voilà un qui veut protéger son territoire. En matière de respect, l’inverse est tout aussi vrai. Dans l’après-midi, j’ai fait le trajet entre Belen et Alajuela en voiture avec Kevin, un supporter de Saprissa qui m’a gentiment offert de m’accompagner en m’expliquant que c’est ça la « pura vida, et 100% tico ». Il avait évidemment vu le match au Stade olympique de Montréal, et en avait long à dire.

Comme les journalistes costariciens présents ce jour-là, il pense qu’Alajuelense n’a rien montré et était méconnaissable. Il s’emporte par contre quand je lui demande de parler de l’arbitre : pour lui, faire des reproches au directeur de jeu est une excuse facile. Son souhait, comme celui de tout le pays me dit-il, est de voir les deux clubs du Costa Rica – Alajuelense et Heredia, deux ennemis de Saprissa – atteindre la finale de la Ligue des champions. Pour mardi, il pronostique une victoire 3-0 des rouge et noir, ou alors un succès après prolongation. « Ce sera très dur pour Montréal, croit-il. Leur seule chance de passer est d’inscrire un but en première mi-temps. S’ils n’ont pas marqué à la pause, ils ne le feront pas après. Et alors, Alajuelense émergera. »

Fin de cette digression, retour au stade. Les supporters veulent poser en photo à mes côtés. D’accord. On me met un drapeau du club local sur le dos. C’est gentil… mais je vais quand même mettre une limite au dépassement de ma neutralité journalistique de la soirée. Ils sont déçus mais ne le prennent pas mal. Puis soudain, on me dit, de manière sympathique : « arrête de discuter, on est là pour chanter, taper des mains et danser ». C’est vrai, c’est une réunion de motivation, il ne faut pas l’oublier !

Dimanche matin. Deux jours avant le match, une cinquantaine de supporters se réunit afin de finaliser les plans pour l'ambiance qui devra régner mardi. Ils ont aussi préparé un tifo, dont je n'ai presque rien vu... ce qui était déjà beaucoup trop à leurs yeux.

Le soir tombe, les gens se dispersent. Certains sont là depuis bien plus tôt ce matin. D’ailleurs, à cette heure-là… j’y étais aussi. Encore une fois, un peu par hasard. Enfin non, je voulais évidemment voir le stade. Mais je ne savais pas qu’il serait ouvert, et encore moins qu’une frange de supporters serait à l’intérieur.

Il n’est pas grand, mais il est impressionnant. Le garde de sécurité m’autorise bien gentiment à entrer et à prendre des photos. Merci, un grand merci ! Les quatre tribunes sont très à pic. Il y a quelques sièges en haut des latérales, des loges aussi, mais pour la plupart des places, on a simplement droit à des blocs de béton hauts de deux marches. On peut y être aussi bien assis que debout. Sur les buts, s’il y a des poussées, il faut avoir un bon équilibre !

Tout est rouge et noir, à l’exception des escaliers en jaune et de quelques inscriptions en blanc. De toute façon, mardi, on n’en verra rien, toutes les places seront occupées. Et tout sera également rouge et noir… L’endroit est modeste dans la mesure où il n’y a pas grand luxe. De toute façon, on n’est pas dans un hôtel pour milliardaires mais dans un stade de foot populaire. Et je peux vous l’affirmer, ça sent le foot à plein nez. Oui, cette odeur indescriptible que je ne peux malheureusement pas vous transmettre…

Non, ce n'est pas l'entrée du stade mais bel et bien une porte cachée par un but lui-même derrière une tribune. N'essayez pas de l'ouvrir, il y a juste un mur derrière.

Et pourtant, il y a ce terrain artificiel qui fait vraiment tache. Comme si Jacques Villeret avait joué le héros d’un film de kung fu. Donc, cette odeur, ce n’est pas celle du gazon fraîchement taillé. Ni celle de la ville, fortement influencée par la chaleur permanente et sûrement un autre truc mystérieux à mon nez. Non, celle du stade me rappelle des souvenirs qui commencent à être enfouis loin dans ma mémoire. Ceux de lieux qui, comme celui-ci, respirent bon le terroir sportif, sont chargés d’histoire, mais aussi simples et efficaces, sans artifices, avec toute l’attention focalisée sur le terrain, et où l’on sait que si on est un supporter local, on va passer de grands moments, en garder dans la tête et dans le cœur pour toute la vie. Une deuxième maison remplie d’amis pour tant de supporters, nombreux à déambuler dans les rues en arborant fièrement le maillot du club.

Je fais le tour de l’enceinte, une fois à l’intérieur, l’autre derrière les tribunes. Toutes les grilles de séparation sont ouvertes. Tant mieux ! Par endroits, des grillages pour empêcher les envahissements de terrain. Ils gâchent la vue mais me rappellent ma jeunesse molenbeekoise, quand après un but c’était la course à qui y serait en premier pour faire tourner son écharpe. Bon, je m’égare. Un peu plus loin, des machines à laver tournent à plein régime. Avec les maillots de joueurs ? Je ne vais pas déranger la brave dame qui s’occupe de la lessive.

Après un passage devant les vestiaires (avec un bruit de fuite d’eau près de celui des visiteurs, à moins qu’il ne vienne de celui des jeunes, adjacent), trois petits terrains couverts derrière une tribune avec la mention « indoor soccer ». Quoi, il y a du monde qui ne veut pas jouer dehors par ce beau temps ?

« Ici se trouve le cœur d'Alejandro Morera Soto, le magicien du ballon. » La plaque du milieu a été ajoutée pour le centième anniversaire de la naissance de celui qui a donné son nom au stade.

À l’entrée, l’histoire n’est pas oubliée. Un mur regroupe les plaques commémoratives, notamment pour les membres du club qui étaient à la Coupe du monde 1990. Il y a également une stèle en l’honneur d’Alejandro Morera Soto, qui a donné son nom au stade. Attaquant mythique de l’histoire d’Alajuelense entre 1925 et 1947, il a aussi joué en Espagne, notamment au FC Barcelone, ainsi qu’au Havre, en France, avant de se lancer dans la politique et de devenir député puis gouverneur de la province d’Alajuela.

La prochaine page d’histoire que le club veut écrire doit avoir lieu ce mardi. Et les supporters ne prennent pas ce match à la rigolade. En matinée, ils étaient une petite cinquantaine en réunion dans une tribune pour préparer l’ambiance. Au moment de ma sortie, certains d’entre sont allés à l’autre bout du stade et je les ai pris sur le fait à transporter de grands cartons qui doivent servir à un tifo. J’aurais aimé discuter avec eux mais on m’a fait comprendre poliment mais fermement qu’il n’etait pas question de prendre de photo et que je n’avais rien à faire là.

Cela donne le ton pour mardi, même si en soirée l’accueil a été bien plus chaleureux. Il ne fait aucun doute que Montréal est attendu de pied ferme et qu’on aura droit à une ambiance des grands soirs. Les supporters locaux vont chanter à tue-tête bien avant le coup d’envoi, et 90 minutes durant. À Ciman, Toia, Reo-Coker, Piatti et consorts de les faire déchanter au moment du coup de sifflet final.

24 March 9:15 pm

L’émission Coup Franc de cette semaine (que vous pouvez également écouter ici) prend une machine à voyager dans le temps, pour se plonger dans les éditions 2022 voire 2026 de la Coupe du monde mais aussi dans les premiers pas du soccer au Québec au XIXe siècle, avec un détour par le présent et les sélections nationales qui joueront dans les prochains jours.

  • Une Coupe du monde en novembre / décembre : quelles conséquences, particulièrement en MLS ?
  • Un lien entre la démesure d’un projet et son héritage ?
  • Dans quel état physique seront les joueurs lors du Mondial au Qatar ?
  • Une Coupe du monde en hiver va-t-elle changer la façon de la regarder à l’étranger ?
  • Le Canada peut-il sérieusement organiser la Coupe du monde 2026 ?
  • Moins de joueurs sans club en équipe nationale canadienne : une bonne nouvelle ?
  • Aucun joueur de Montréal en équipe nationale -17 ans : un scandale ?
  • De plus en plus d’internationaux en MLS : comment respecter les dates Fifa ?
  • Comment le soccer est-il né et s’est-il implanté au Québec ?

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