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Le monde des coupes (II)

09 May 11:08 am

Le monde des coupes (II)

By Matthias Van Halst

Cette semaine, les clubs canadiens de MLS ont effectué leur entrée dans leur coupe nationale, alors que le coup d’envoi de la Coupe des États-Unis 2014 a été donné. Cinq clubs participent à la première, quatre-vingts à la seconde. Et ailleurs, comment ça marche ? Il y a des tendances générales mais pas de règle universelle prédéterminée, et de nombreuses coupes nationales se distinguent par une spécificité importante. Je vous invite donc à aller voir comment ça se passe aux quatre coins du monde. Deuxième épisode de la série aujourd’hui : l’Europe. Pour les pays non-européens, dont ceux sous nos latitudes, relisez le premier épisode.

La plus célèbre coupe nationale est celle d’Angleterre, connue sous le nom de FA Cup. C’est aussi la doyenne des compétitions de soccer, sa première édition ayant eu lieu en 1871. Seuls les clubs des huit premières divisions anglaises y sont automatiquement admis. Pour les autres (il y a une vingtaine de divisions en Angleterre, les dix premières étant généralement représentées en coupe), c’est du cas par cas, et ils sont un peu moins de 750 au coup d’envoi chaque année. Les clubs de D1 commencent à jouer en 32e de finale. On y retrouve quelques règlements stricts, comme l’heure du coup d’envoi, obligatoirement 15h00 pour les rencontres jouées le samedi ou le dimanche. À aucun stade de la compétition, il n’y a de match aller-retour. La particularité de la Coupe d’Angleterre est le replay : en cas d’égalité après les 90 minutes du match, on ne joue pas de prolongation mais on en rejoue un autre sur le terrain des visiteurs. Depuis une vingtaine d’années, il y a possibilité de prolongation et tirs au but éventuels après le deuxième match, mais auparavant, on rejouait ainsi jusqu’à trouver un vainqueur. Ce replay n’existe plus à partir du stade des demi-finales, disputées sur terrain neutre, autre particularité de cette Coupe d’Angleterre. Quant à la finale, elle est indissociable du mythique stade de Wembley. Le prestige de la compétition est tel qu’on a longtemps dit qu’un club anglais préférait la gagner qu’être champion national… ou même que gagner une Coupe d’Europe (c’est moins vrai depuis qu’il y a de gros sous en jeu).

La Coupe de France est un modèle du genre. L’équipe première de tous les clubs du pays peut y participer et celle qui commence dès le début de la compétition doit franchir 13 ou 14 tours pour se rendre au bout. Elles étaient ainsi plus de 8500 à la briguer cette saison ! Les clubs de D1 entrent en lice en 32e de finale. Pour les premiers stades de la compétition, le tirage au sort est régionalisé. Chaque département / territoire d’Outre-Mer (de la Martinique à Tahiti) a aussi un participant, qui commence à partir des 128es de finale. C’est aussi à ce stade qu’entre en vigueur une règle intéressante : s’il y a deux divisions d’écart entre les clubs, on joue d’office sur le terrain du « plus petit », peu importe l’ordre du tirage. Car en France, le parcours des petits a beaucoup d’importance. Un partenaire commercial de la compétition attribue même un trophée « Petit poucet » depuis quelques années. Ça se reflète également au palmarès avec les finales récemment disputées par Quevilly (D3) ou Calais (D4), la victoire de Guingamp lorsqu’il était en D2 et la présence régulière de clubs de divisions inférieures en demi-finales. Avec toute la gloire qui accompagne de tels exploits.

Les Pays-Bas sont parfois très américains dans leur organisation du sport. En soccer, par exemple, il y a une séparation très hermétique entre les deux premières divisions, professionnelles, et les autres, de niveau amateur (les amateurs du samedi et les amateurs du dimanche - ce n’est pas une blague, c’est leur nom officiel). Mais elles sont réunies lors de la Coupe des Pays-Bas, née en 1899, à laquelle prennent part les 34 clubs pros et 48 clubs amateurs descendant jusqu’à la D6. Il y a en tout 7 tours, tous à élimination directe (alors que longtemps, il y a eu une phase de groupes), et on tente autant que possible au cours des premiers de faire jouer les amateurs du samedi contre ceux du dimanche. Les formations de l’élite (baptisée Division d’Honneur aux Pays-Bas) entrent en lice en 32e de finale, soit le deuxième tour. Lors de ce tour uniquement, les clubs évoluant en Coupe d’Europe sont tête de série (et donc sûrs de ne pas s’affronter) et un club amateur a la garantie de jouer à domicile s’il doit affronter un adversaire professionnel. Jusqu’en 2009/10, les deux premiers du championnat des réserves étaient aussi qualifiés pour la Coupe, alors que désormais, même les équipes réserves qui jouent en D2 (la vraie, pas celle du championnat des réserves) ne peuvent plus s’inscrire en Coupe. En 2002, la réserve de l’Ajax n’avait été éliminée qu’en demi-finales par Utrecht qui avait dû aller jusqu’aux tirs au but pour gagner son billet pour la finale face… à l’équipe première de l’Ajax !

La Coupe d’Allemagne, appelée en allemand DFB-Pokal (Coupe de la DFB, nom de la fédération allemande de soccer) réunit seulement 64 équipes qui commencent toutes dès le premier tour de la compétition. On retrouve les clubs des deux premières divisions, les quatre premiers de D3 ainsi que les vainqueurs des différentes coupes régionales (et un représentant supplémentaire pour les trois grosses régions) provenant parfois de D5 ou D6. Lors du tirage au sort des deux premiers tours, les équipes sont divisées en deux chapeaux : un avec les clubs de D1 et de D2 (sauf les promus), le second avec les autres. Quand un club amateur tombe sur un adversaire professionnel, il joue à domicile. Il est intéressant de noter que ces deux règlements ont été combinés non pas avec l’objectif de protéger les grands clubs mais avec celui d’offrir aux petits de belles affiches devant leur public. Jusqu’en 2008, l’équipe réserve de certains clubs jouait en D3 (ils ne peuvent pas monter plus haut que la D4 depuis la création d’une D3 nationale cette année-là), ce qui permettait à certains clubs d’avoir deux équipes en Coupe. Il y a eu un malaise en 2000/01 quand le sort a prévu un match entre celles du VfB Stuttgart au second tour…

En Belgique, il y a 10 tours à la compétition et un total de 294 clubs y prennent part, soit à peine plus de 15% des clubs du royaume. Cela représente tous les clubs des quatre premières divisions (nationales) et 160 clubs des divisions provinciales. Mais en principe, tout le monde peut se qualifier via la coupe de sa province. Les formations de Division 1 n’entrent en lice qu’au stade des seizièmes de finale. Auparavant, elles commençaient la compétition au tour précédent, mais ce changement fait partie des diverses mesures (controversées) mises en place en leur faveur depuis 20 ans, comme la garantie de s’éviter lors du premier tour auquel elles prennent part. Pour un petit club, il est de plus en plus difficile de se mesurer à un ténor et encore plus de se rendre loin dans la compétition.

La Coupe d’Italie est loin d’être celle qui rassemble le plus de clubs : ils ne sont que 78 à la briguer chaque saison, tous ceux des deux premières divisions ainsi que quelques-uns des trois suivantes. Il y a un total de huit tours et assez peu de rencontres. Les équipes de Serie A (nom de la D1 italienne) ne font pas toutes leur entrée ensemble : les 8 mieux classées du championnat précédent sont qualifiées d’office pour les huitièmes de finale, les autres disputent deux tours de plus (arrivant donc dès le troisième tour). Si les demi-finales en aller-retour sont une des spécificités de longue date de la compétition, la véritable particularité de la Coupe d’Italie est son tirage au sort intégralement effectué avant le début de la compétition, à l’image d’un tournoi de tennis, alors qu’ailleurs, le tirage a généralement lieu entre chaque tour. Chacun connaît donc très tôt ses adversaires potentiels et le parcours à effectuer. Le détenteur du trophée peut aussi apposer sur son équipement une cocarde aux couleurs du drapeau italien durant les mois qui suivent son succès.

Comme certains autres pays, l’Espagne a eu une coupe nationale avant un championnat. Officiellement appelée Copa del Rey (Coupe du Roi), elle jouit d’une association royale depuis toujours puisque son ancêtre avait été organisée pour souligner le couronnement d’un nouveau roi au début du siècle dernier. Mais le nom actuel a été adopté à la chute de la dictature franquiste, le roi Juan Carlos remettant depuis lors le trophée au lauréat chaque année. C’est, avec sa longue histoire, une des raisons du prestige de cette compétition qui compte assez peu de participants : 83 depuis quelques années, soit les clubs des deux premières divisions et les mieux classés en D3 et en D4. Il y a un total de 8 tours, mais très peu de matchs. Les clubs de D1 commencent à jouer en 16e de finale, stade à partir duquel les confrontations sont systématiquement aller-retour jusqu’à la finale, disputée, elle, sur un seul match. Lors des tours précédents, on joue d’office sur le terrain du club dans la division la plus basse. Les particularités régionales de l’Espagne font que, contrairement à d’autres pays, la finale de sa coupe nationale ne se joue pas toujours au même endroit. Si elle a le plus souvent lieu dans la capitale, Madrid, elle a par exemple été disputée à Valence, Barcelone, Elche, Séville ou Saragosse dans le passé récent.

J’espère que ce tour du monde vous a plu. Quelles idées appliquées dans d’autres pays aimeriez-vous voir entrer en vigueur pour votre coupe nationale ?