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Interview

19 May 1:09 pm

Entre le prestigieux Festival de Cannes et, à Montréal, Pitchfest où seront projetés 14 films consacrés au ballon rond, le cinéma est à l’honneur cette semaine et l’émission Coup Franc (également disponible ici) se met au diapason. Nous recevons Benoît Mariage, réalisateur du film Les Rayures du Zèbres, et parlons d’autres films à l’affiche en établissant des liens concrets entre les sujets qu’ils évoquent et les réalités de la MLS et du soccer dans notre coin du monde.

Benoît Mariage nous apprend que son film est inspiré de faits réels et d’un recruteur qui a également amené des joueurs de MLS en Europe. Il nous parle du franc parler des personnages et du côté moins politiquement correct de son film, qu’il n’a pas voulu évacuer pour coller au mieux à ce qu’il avait constaté lors de son travail de recherche. Les espoirs démesurés de certains jeunes joueurs et l’attitude de certains agents font bien entendu partie des discussions. On évoque également avec lui la difficulté de réaliser des films de soccer et ses références dans le genre.

Parmi les autres sujets de conversation (toujours sur base des films de Pitchfest) :

  • Les joueurs africains en MLS
  • La difficulté de recruter en Afrique pour les clubs de MLS
  • Montréal devrait-il chercher des joueurs en Algérie et en Chine ?
  • À quel point la diffusion de la MLS dans le reste du monde est-elle importante ?
  • L’attraction suscitée par le milieu des hooligans
  • Le contexte socio-économique de la « génération hooligans »
  • Comment se reconnaître dans les équipes créées de toutes pièces ?
  • À quoi les supporters s’identifient-ils le plus ?
  • Le soccer, vecteur fort de l’identité québécoise ?
  • La place des supporters dans les décisions des clubs
  • Les progrès du soccer féminin à travers le monde depuis 12 ans
  • À quel point la prochaine Coupe du monde féminine est cruciale pour le Canada

L'émission Coup Franc est disponible sur Stitcher et iTunes. N'hésitez pas à réagir ci-dessous, par courriel, sur Facebook ou sur Twitter (@CoupFrancMLS).

13 May 2:00 pm

Arrivé à Colorado en janvier 2014, Charles Eloundou (20 ans) entame sa deuxième saison en MLS. Présent lors de 11 rencontres - dont 4 comme titulaire - l’an dernier, le jeune attaquant a pour objectif de jouer davantage, et de marquer plus. Mais les obstacles en travers de son chemin ne manquent pas. Il en a parlé avec notre collègue Marco Cummings, basé à Denver.

Le Camerounais a d’abord dû faire face à des problèmes administratifs. « J’ai dû renouveler mon visa pour revenir ici, explique-t-il. Ce ne fut pas chose facile. Le club avait envoyé une lettre de recommandation à l’ambassade, mais le rendez-vous a pris du temps. Il a été fixé un mois plus tard, alors que Colorado était déjà en préparation de la saison, et moi j’étais en attente… C’était difficile. Ce n’était même pas un problème de papiers ou avec la Fédération. Seulement un problème de rendez-vous à l’ambassade que je devais attendre. »

S’il n’a pas eu le choix de patienter, ses coéquipiers, eux, peaufinaient leur forme. Quand il a enfin pu les rejoindre, Eloundou affichait un retard de condition. Pour le résorber, et pour lui permettre d’obtenir du temps de jeu, il a été envoyé à Charlotte, équipe satellite de Colorado évoluant en USL. « J’étais très content d’être à Charlotte car il y a vraiment des gens adorables là-bas. J’ai travaillé dur et ils m’ont accueilli comme un des leurs. En plus, le coach (Mike Jeffries, NdlA) m’aimait bien et on avait beaucoup de choses en commun, c’était facile pour moi. »

Depuis son retour en sol américain, Eloundou n’a pas seulement dû travailler pour avoir 90 minutes dans les jambes. On l’a aussi souvent vu fréquenter les salles de musculation. « Pendant la préparation de la saison, le préparateur physique m’a dit que j’avais besoin de prendre du volume corporel. C’est désormais chose faite : je me sens bien physiquement, et je continue de travailler dur pour ça. Je me sens 100% en forme, j’attends que l’entraîneur me fasse jouer pour lui montrer que je suis prêt. »

L’entraîneur, ce n’est plus Jeffries, mais bien Pablo Mastroeni. En effet, depuis le 22 avril, l’attaquant a réintégré l’effectif de l’équipe première après avoir « justifié la confiance accordée pour retrouver le rythme de match, et mérité le droit de revenir dans l’effectif », pour reprendre les propos du directeur technique, Paul Bravo.

Dès son arrivée, il a dû se mettre au diapason des autres attaquants, à qui Mastroeni impose beaucoup de travail défensif. Une demande qu’il ne considère pas contre nature. « Pour moi, le système du coach est bon : c’est lui qui est bien placé pour voir ce qu’il faut tactiquement pour l’équipe. Nous, les attaquants, nous faisons ce qu’il nous demande de faire, simplement notre travail, et ça ne me dérange pas. Un joueur doit d’abord travailler défensivement avant de s’impliquer offensivement. Ça nous permet de jouer en contre-attaque. Dès qu’on récupère le ballon, on va vers l’avant rapidement. »

Désormais, Eloundou doit composer avec une concurrence nouvelle : celle d’attaquants qu’il côtoyait déjà l’an dernier, comme Gabriel Torres, mais aussi l’Argentin Luis Solignac, fraîchement transféré, ou encore Dominique Badji, un jeune Sénégalais arrivé en début d’année. Et si cette concurrence se transformait en complicité pour constituer une paire africaine en attaque ? « Badji, je ne le connaissais pas. Mais vous savez, nous les Africains, on se sent bien quand on a un “frère”. Et Badji vient du Sénégal, où on parle aussi français, alors c’est plus facile pour moi de communiquer avec lui. » Imaginez ce duo face à New York et un partenariat Ronald Zubar - Damien Perrinelle… On vous a déjà dit qu’on parlait de plus en plus français dans les équipes américaines de MLS ?

Bon, avant d’en arriver là, l’ancien avant de Coton Sport doit jouer davantage. Depuis son retour en équipe première, il a été confiné à deux montées au jeu d’un quart d’heure en fin de match. Il n’en demeure pas moins ambitieux. « Mon objectif est de jouer le plus de matchs possible, d’accumuler de l’expérience pour l’avenir, et de marquer dix buts ou plus. Je n’ai pas beaucoup marqué avec Charlotte, mais je crois qu’avec le temps et la confiance, ça va venir. »

Ça, ce n’est qu’une première étape. Car à terme, celui qui a défendu les couleurs de son pays chez les espoirs et goûté à une sélection chez les A aimerait porter à nouveau le maillot des Lions indomptables. « Je suis en contact avec quelques dirigeants, mais c’est à moi d’avoir du temps de jeu ici pour qu’on me convoque en équipe nationale. J’ai des objectifs et c’est pour ça que je travaille dur, pour être appelé à représenter mon pays. »

            

13 March 10:12 am

Samedi dernier à Kansas City, Damien Perrinelle a fêté sa première titularisation en MLS. Arrivé à New York durant le dernier mercato estival, il avait certes commencé plusieurs duels de Ligue des champions en 2014 mais avait dû se contenter de miettes en championnat. Cette fois, l’aventure est lancée pour de bon.

Une aventure qui se passe en partie en français : en défense centrale, il a évolué aux côtés de son compatriote Ronald Zubar, qui a disputé une petite centaine de rencontres sous le maillot de Marseille. La langue de Molière leur est venue naturellement au moment de communiquer sur le terrain. « Les situations de jeu l’imposent, explique Perrinelle. Nous avons des codes dans la langue qui rendent ça plus simple, nous avons un même langage footballistique dans le jeu mais aussi dans les mots. Les décisions qui doivent se prendre le plus rapidement se prennent en français. Mais dans les moments plus collectifs, on parle anglais pour que tout le monde puisse comprendre. »

Au bord du terrain, leur entraîneur, Jesse Marsch, n’est pas complètement perdu. Les supporters de Montréal se souviennent de sa dernière entrevue télévisée, lors de laquelle il maniait plutôt bien le français. « Quand on le parle avec Ronald Zubar et Karl Ouimette, il tend l’oreille pour savoir s’il le comprend encore bien », s’amuse l’arrière né à Suresnes, en région parisienne.

Il faut dire que la venue de Marsch lui donne le sourire puisque depuis son arrivée, il a progressé dans la hiérarchie à son poste. Alors que sous Mike Petke, il se demandait parfois ce qu’il faisait là. « Nous étions cinq défenseurs centraux en tout ! Ce n’est pas simple, quand on est autant, de faire une rotation à ce poste. L’ancien entraîneur, qui avait pourtant validé mon transfert, avait déjà ses deux titulaires et son numéro trois : il allait plus difficilement faire confiance à quelqu’un arrivé en cours de saison alors que d’autres savaient davantage comment il voulait jouer. »

Cela n’a pas facilité sa tâche au moment de discuter de sa situation pour 2015. « En fin de saison, j’ai eu un entretien avec Andy Roxborough : il souhaiter me garder, mais pas lever l’option au tarif prévu par celle-ci. Je lui ai dit que j’étais d’accord de revoir mon salaire à la baisse et de faire mes preuves. Ma priorité était de rester en MLS, si possible à New York. »

Le changement d’entraîneur et les nombreux transferts lui permettent pour ainsi dire de repartir à zéro. « Je ne parlerai pas du passé, ça ne va pas apporter grand-chose. Jesse Marsch a une approche et une gestion du groupe différentes. Il est ouvert et il parle beaucoup avec les joueurs. Il y a eu beaucoup de mouvements dans l’effectif. C’est un nouveau projet dont je suis fier de faire partie. »

Quand on lui dit que ça lui a donné une demi-saison pour s’adapter à la MLS, Perrinelle répond que c’est un championnat taillé sur mesure pour lui. « Il y a beaucoup de rythme et beaucoup de duels. Ça ne me change pas beaucoup de ce que j’ai vécu lors de mon passage en Ligue 1 avec Boulogne, où on essayait d’imposer ça à l’adversaire… ce que j’aimais bien. En plus, en MLS, tout est fait pour mettre les joueurs dans les meilleures conditions. Moi, j’étais le même il y a six mois. La seule différence, c’est le choix du coach. J’avais la même rigueur et la même envie aux entraînements. Je ne me suis pas transformé en six mois ! Surtout à 31 ans. »

Il a quand même profité de ces six mois pour côtoyer Thierry Henry au quotidien. « J’ai vu devant ma télévision son penalty en 1998 contre l’Italie. Seize ans plus tard, je partageais un vestiaire avec lui. Si vous me demandez le conseil que je retiens de lui, je ne pourrais pas n’en citer qu’un. Et puis, ce n’est pas quelqu’un qui a besoin d’en donner : il suffisait de regarder sa rigueur à l’entraînement ou de parler foot avec lui, et cela valait bien une séance complète ! »

Perrinelle a passé l’essentiel de sa carrière en D2 française (appelée Ligue 2), notamment à Clermont et à Boulogne. À ses yeux, les contrastes avec la MLS sont nombreux. « Ici, il n’y a aucune relâche aux entraînements, tout le monde se donne toujours à 10 000 %. En match, il n’y a pas un instant de répit. Impossible de se dire : “Je vais gérer tranquille.” Même fatigué, un adversaire va quand même tout donner jusqu’au bout. C’est la mentalité anglo-saxonne. Je suis aussi agréablement surpris par la qualité technique et la philosophie de jeu de certaines équipes. Columbus m’a entre autres fait très bonne impression l’an dernier. »

L’ambiance générale de la MLS le motive particulièrement. On pourrait presque dire qu’elle lui a rendu le plaisir de jouer. « Quand je joue, je m’éclate vraiment. Le professionnalisme autour de l’équipe et les infrastructures permettent de s’épanouir. Lors du premier match cette saison à Kansas City, on a vu du monde et de l’ambiance au stade. Ça donne envie de se donner à 100%. Il ne faut pas chercher une motivation tout au fond de soi-même, comme c’était devenu mon cas quand je jouais en Ligue 2 en France. »

Dans l’absolu, le salaire peut constituer le point négatif de la comparaison… si on ne s’intéresse qu’au montant déboursé par le club. « Avant impôts, financièrement, on est nettement perdant aux États-Unis, explique le défenseur central. Mais c’est compensé par le confort, les infrastructures, les conditions des déplacements. Et l’imposition est plus lourde en France. Donc, oui, on s’y retrouve même s’il y a des sacrifices à faire. J’ai moins gagné que si j’étais resté en France mais je joue dans des stades pleins, pour une équipe de renommée mondiale et je m’entraîne avec le sourire dans des infrastructures exceptionnelles. Ça compense largement ! »

Perrinelle aime vivre aux États-Unis, et il veut en ouvrir les portes à des jeunes grâce à son sport. « En France, je suis actionnaire du club du Touquet qui dispose d’excellentes infrastructures. Avec un ami, nous voulions monter un projet social pour les jeunes du Nord et leur permettre de découvrir l’université aux États-Unis grâce à des bourses d’études. Nous avons, avec l’aide de Jérôme Meary, mis sur pied un système de prospection où des entraîneurs viennent des États-Unis pour détecter des jeunes. L’an dernier, une vingtaine d’entre eux a pu bénéficier du système scolaire américain. » Le projet est avant tout académique : le soccer n’est pas une fin mais bien un moyen d’intégrer une université américaine. « L’objectif est de former des hommes au-delà du foot. Et s’il vient en plus par la suite, c’est tout bénéfice. » D’ailleurs, pour pouvoir traverser l’Atlantique, les jeunes doivent remplir des critères académiques et réussir un test standardisé d’anglais dans un contexte universitaire (connu sous le nom de Toefl).

Un esprit sain dans un corps sain… et esthétique : la version enrichie de cette célèbre formule convient à Perrinelle qui a troqué à quelques reprises les terrains de soccer pour les parades de mode. De quoi donner envie à Aurélien Collin de le débaucher ? « Mannequin, j’ai fait ça pour une fois ou deux pour rendre service à des amis, rigole le principal intéressé. Je connais Aurélien Collin depuis très longtemps, mais il ne m’a pas appelé pour ça. »

Pour le moment, sa carrière sur le terrain est sa préoccupation première. S’il ne fait pas le moindre doute que Perrinelle est très heureux de s’y retrouver, certains supporters ont pu grincer des dents quand ils ont vu qu’un joueur qui n’avait quasiment pas droit au chapitre l’an dernier était titulaire. « Dans beaucoup de clubs, des remplaçants se révèlent après un changement d’entraîneur. Je ne dis pas que ce sera facile et que tout est devenu rose pour moi ! Mais c’est le début du projet d’un nouveau staff, avec un nouvel entraîneur qui pose un regard neuf sur moi. Il a fait ses choix, tant à mon poste qu’aux autres, et ce qu’on a montré au premier match laisse penser qu’ils sont bons. »

29 August 3:37 pm

De nombreux gardiens de but se sont illustrés lors de la dernière Coupe du monde. Parmi eux, Raïs M’Bohli, qui a défendu avec brio les filets de l’Algérie. Quelques semaines plus tard, il a signé à Philadelphie où il a effectué ses débuts officiels dimanche dernier, ouvrant un nouveau chapitre d’une carrière qui l’a mené un peu partout sur la planète.

Après avoir évolué en Europe de l’Ouest, en Europe de l’Est et en Asie, l’international algérien découvre l’Amérique du Nord. Avons-nous là un voyageur dans l’âme ? « Ce sont plutôt des circonstances de carrière, explique le portier formé au RC Paris et à Marseille. J’aurais pu m’installer quelque part, ça m’aurait procuré plus de stabilité, mais ce sont les aléas du football. Maintenant, j’espère m’établir à Philadelphie pour un long moment. »

France, Écosse, Grèce, Japon, Russie, Bulgarie : son parcours est parsemé de destinations exotiques. La dernière en date, le CSKA Sofia, dans la capitale d’un pays où il a signé son premier contrat en 2009 et qui semble le laisser circonspect. « Que dire au sujet de la Bulgarie… ? Elle m’a aidé à me faire connaître, si je peux dire ça comme ça. J’y ai vécu de bonnes et de mauvaises expériences, et j’en avais fait le tour. C’était juste un passage dans ma carrière et je souhaitais vivre autre chose rapidement. »

Et quelle meilleure scène pour se mettre en valeur et vivre de nouvelles émotions fortes que la plus grande compétition sportive de la planète ? Au Brésil, l’Algérie a atteint les huitièmes de finale, où l’Allemagne, future championne du monde, a eu toutes les peines à l’éliminer. Lors de chaque match des Fennecs, notamment en raison de ses arrêts, de ses sorties ou de son entente avec ses défenseurs, M’Bolhi a mené la vie dure aux attaquants adverses. Il a défendu avec honneur les couleurs d’un des trois pays pour lesquels il pouvait être international, puisqu’il est né en France d’un père congolais et d’une mère algérienne. Ça, c’est la théorie. Car en pratique, à ses yeux, il n’y avait pas la moindre hésitation possible. « Je n’ai grandi qu’avec ma mère, et pour moi, en fait, il n’y avait pas de choix à faire : c’était comme ça, la question ne se posait même pas. »

Si bien du monde croit que ces brillantes prestations à la Coupe du monde ont attiré l’attention de son nouveau club, le principal intéressé précise que les discussions datent en fait d’il y a bien plus longtemps que cela. Et on comprend dans ses propos que dès les premiers pourparlers, il était confiant de rejoindre la Pennsylvanie tôt ou tard.  « Je suivais l’équipe depuis 7 mois car nous étions en contact depuis ce moment-là. Je me suis intéressé au championnat, j’ai découvert des ambiances dignes de l’Europe ainsi que des joueurs de qualité. Dans le futur, il faudra compter avec la MLS, elle grandit rapidement. Ce sont les gens qui s’occupent de moi qui ont tout réglé. Quand ils m’ont dit que Philadelphie pouvait être intéressé, de mon côté, j’ai immédiatement été intéressé également. Ensuite, ils se sont occupé de tout avec Nick (Sackiewicz), le président. »

Le 30 juillet dernier, tout était réglé. Mais en raison de problèmes de visa, notamment de lenteurs en France, et d’un petit accident de circulation sans gravité, il a fallu attendre dimanche dernier pour le voir à l’œuvre pour la première fois en match officiel, lors du succès de Philadelphie contre San José. S’il a dû se retourner deux fois sur de belles réalisations des visiteurs, il a beaucoup apprécié son baptême du feu sous ses nouvelles couleurs. « Ça s’est très bien passé, surtout avec la victoire, se réjouit le néo-unioniste. Le stade était plein, il y avait une super ambiance, c’était une bonne première expérience. »

Contrairement à d’autres joueurs étrangers qui découvrent les États-Unis en signant en MLS, M’Bolhi y était déjà venu plusieurs fois avant de s’y installer pour jouer. Une des raisons qui, selon lui, va faciliter son adaptation. Mais ce n’est pas la seule. « C’est un pays qui m’a toujours attiré. Je n’arrivais donc pas dans l’inconnu. Avec les joueurs, tout se passe très bien, je parle anglais donc il n’y a pas de problème de communication. On apprend à se connaître et on s’entend bien. De toute façon, le football est un langage universel, et il n’est pas toujours nécessaire de maîtriser une langue étrangère pour le parler. On parle tous le même langage : celui du terrain. Mais il faut quand même aussi s’adapter et apprendre la langue du pays, et c’est ce que j’ai fait dans le passé. J’ai donc par exemple appris le Bulgare. C’est bien de découvrir de nouveaux endroits et d’apprendre une nouvelle langue, ça enrichit ! »

Certes, mais chaque ligne de défense a ses préférences, chaque gardien a son propre style. Et il faut marier les deux. « Mais il n’y a pas besoin d’adaptation, le football est un langage universel, insiste-t-il. Il faut y ajouter un travail quotidien : avec les entraînements, nous allons apprendre à mieux nous connaître. Les défenseurs sauront que quand Raïs joue, que quand Zac (McMath) joue ou que quand Andre (Blake) joue, il faut plus ça, ça ou ça, car chacun ne joue pas de la même façon. Mais tout le monde doit s’adapter : pas seulement les défenseurs au gardien, pas seulement le gardien aux défenseurs. C’est un travail d’équipe. »

Parmi les tâches qui incomberont au nouveau dernier rempart de l’Union, il y aura certainement celle d’empêcher les adversaires de marquer de la tête, puisque son équipe est particulièrement friable défensivement dans cet aspect du jeu. « Ce sont des faits de jeu qui arrivent, que ce soit sur coup de pied arrêté ou dans le cours du jeu. C’est un point à améliorer », se contente de préciser celui qui s’était pourtant fait remarquer par ses bonnes sorties aériennes durant la Coupe du monde.

Oui mais voilà, demander à Raïs M’Bohli de vanter ses forces est un exercice pour le moins périlleux. « Je n’aime pas parler de mes qualités. J’essaye de faire mon travail, et ce n’est pas à moi de les dire… À la limite, je suis plus à l’aise de parler de mes défauts. Je suis un garçon rarement satisfait de moi-même, un perfectionniste qui porte plus attention à ses erreurs qu’à ce qu’il fait bien. J’ai encore beaucoup de choses à travailler, mais les gardiens ont généralement une longue carrière alors j’ai le temps devant moi. »

Et quand on tente de le rendre quelque peu plus loquace en parlant des bonnes choses qu’on a vues de lui pendant la Coupe du monde, il baisse la voix et répond : « Euh, bon, merci, mais c’est vous qui le dites, pas moi. » (Et encore, j'ai été sage pendant l'entrevue, je n'en ai pas dit autant que pendant l'émission Coup Franc après Algérie - Allemagne, où je le voyais d'ailleurs déjà très bien en MLS. Ça commence à 9'40.)

Une de ces choses frappantes pendant le Mondial, c’était sa communication fréquente avec ses défenseurs (ce qui est de bon augure pour son passage en MLS, car les gardiens américains sont réputés pour parler beaucoup avec leurs coéquipiers) sans toutefois leur hurler dessus à tout bout de champ. « Sur le terrain, un gardien doit montrer une image positive pour que le prochain fait de jeu se déroule bien. Ça ne sert à rien d’engueuler ses défenseurs au risque des les paralyser pour l’action suivante. Pour moi, un gardien doit faire preuve de sérénité et la transmettre à ses défenseurs. »

Cette sérénité semble bien nécessaire à Philadelphie cette saison, alors que l’équipe alterne les hauts et les bas, est dirigée par un entraîneur intérimaire dans une ambiance qui, de l’extérieur, flaire la transition à plein nez. De l’intérieur, en revanche, l’optimisme semble de rigueur. « Mon premier ressenti en arrivant dans l’équipe a été qu’on y retrouvait de nombreux jeunes avec des qualités et que tout le monde s’entendait très bien. C’est dommage qu’il manque des résultats, mais avec une aussi bonne ambiance dans le groupe, ils ne peuvent qu’arriver à un moment ou l’autre. »

Si en championnat, ils sont encore en dents de scie, l’équipe s’est récemment qualifiée pour la finale de la Coupe des États-Unis. « La gagner est un de nos objectifs de fin de saison, tout comme accrocher les play-offs. J’espère qu’on va y arriver », conclut le gardien, qui ne cache pas son bonheur de jouer à Philadelphie. « Je suis très heureux d’être ici et de découvrir un championnat pareil. Tout le monde, y compris les supporters, m’a accueilli à bras ouvert, et je les remercie. »

Nul doute que ce merci, Raïs M’Bolhi souhaiterait le matérialiser en contribuant activement à la conquête du premier trophée officiel du club et à une première qualification pour la Ligue des champions. Ce qui lui permettrait aussi de se produire encore dans de nouveaux pays.

20 August 1:16 pm

Arrivé à New York quelques semaines avant le début de la saison, Ambroise Oyongo a effectué ses débuts en équipe première le 27 juin dernier, cinq jours après avoir fêté ses 23 ans. Depuis lors, l’arrière gauche n’a raté que quatre minutes en raison d’un remplacement en fin de match. Même le retour du titulaire du poste, Roy Miller, ne l’a pas délogé du terrain : Mike Petke préfère réorganiser son onze afin de faire jouer son jeune talent camerounais.

« Quand je ne jouais pas, j’ai gardé un bon état d’esprit et travaillé pour attendre ma chance et la saisir, explique Oyongo. Je suis fier d’avoir pu jouer un match, j’en remercie le Seigneur. Avoir réussi à garder ma place m’encourage à aller chercher plus loin, à travailler encore. »

Travailler : quand on parle de son métier avec ce jeune lion indomptable, il est difficile de compter le nombre de fois qu’il répète ce verbe, sous toutes ses déclinaisons possibles. On ressent aussi un grand sens de l’abnégation. On en a un bel exemple ces dernières semaines : si son poste de prédilection est celui d’arrière gauche, il ne rechigne pas à jouer dans l’entrejeu à la demande de son entraîneur. « S’il souhaite me faire jouer avant-centre, je vais le faire. D’ailleurs, lors d’un match de l’équipe réserve, on s’est retrouvé sans gardien et j’ai pris place dans le but. Il faut savoir se rabaisser, sinon ce sont les autres qui vont vous rabaisser. Ça va vous permettre de progresser. Je donne toujours le meilleur de moi-même. Toujours. »

Cette envie d’être sur le terrain s’explique facilement par son état d’esprit. « Quand vous êtes jeune, il faut tout donner, être ouvert à tout ce qu’on vous dit, peu importe ce que c’est. Le football est un jeu, alors l’essentiel, c’est de jouer et de prendre du plaisir. »

Tout en donnant satisfaction à l’entraîneur, bien entendu. Pour cela, Oyongo peut compter sur ses qualités… même quand il est dans un mauvais jour. « Mes forces sont ma vitesse, ma qualité de centre et ma technique. J’aime aller face au jeu, dribbler et centrer. Quand je suis bien - ce qui est souvent le cas -, j’exploite ma technique, mais quand je suis moins bien, je parviens malgré tout à montrer mes qualités pour quand même arriver à aider l’équipe. »

Le défenseur est également conscient de ses points faibles, qu’il cherche à bonifier… tout autant que ses forces. « Je dois améliorer ma vision du jeu et je la travaille. Surtout quand je suis plus avancé dans le jeu, ce qui arrive souvent ces derniers temps, je dois travailler mon jeu en un temps et mon contrôle de balle. Je me sens plus à l’aise de jouer derrière, avec le jeu devant moi. Mais même dans les domaines où ça va bien, il faut toujours travailler, chercher tous les jours à être meilleur. Sinon, des grands joueurs comme Thierry Henry ou Lionel Messi n’auraient plus besoin de s’entraîner ! On apprend tous les jours, dans tous les domaines. »

Déjà au Cameroun, il affichait cette même mentalité, et cela a porté fruit. Ambroise Oyongo a vu le jour à 200 kilomètres de la capitale Yaoundé, plus précisément à Ndikiniméki, lieu d’affectation de son père, gardien de prison. C’est à Moussango, club de ses débuts évoluant en D3 camerounaise et situé à Yaoundé, que sa carrière s’est accélérée alors qu’il était sélectionné en équipe nationale juniors. « Elle jouait un tournoi de qualification à Garoua, dans le stade de Coton Sport, club dont les dirigeants ont vu en moi un jeune prometteur pour le futur. Le président m’a engagé pour commencer en équipe juniors, mais l’entraîneur n’était pas là et il m’a ensuite fait passer des tests pendant une semaine. À la fin, après un match amical, on m’a proposé un contrat de trois ans. » Après en avoir parlé à sa famille, notamment à son grand frère qui s’occupait de tout pour lui à l’époque, il s’engageait pour le club situé à l’autre bout du Cameroun, à plus de 1000 kilomètres de chez lui.

Et là, se produit un scénario avec lequel ceux qui ne suivent sa carrière que depuis son arrivée en MLS sont déjà quelque peu familiers. « Je me suis vite retrouvé en équipe première où l’arrière gauche était… le capitaine. Je me suis donné à fond et j’ai finalement joué toute la saison comme arrière droit, sauf quand il n’était pas là. Cela a continué lors de ma deuxième saison. Le capitaine est parti et lors de la troisième, je me suis retrouvé titulaire au poste d’arrière gauche. » Là, ce n’était plus en D3 mais avec un club de l’élite camerounaise, régulièrement champion ces dernières années.

Oyongo a consolidé sa place en équipe nationale juniors, a disputé la Coupe du monde de cette catégorie d’âge en 2011 et a été appelé en équipe nationale A. Avec Coton Sport, il disputait la Ligue des champions africaine. En 2013, les Camerounais ont atteint les demi-finales, jouées en octobre dernier. Ils s'y sont inclinés aux tirs au but contre le puissant club égyptien d’Al Ahly, futur vainqueur de la compétition. « Mais c’est là que j’ai été repéré. Ils ont fait appel à mon agent », explique Oyongo quand on lui demande comment on passe directement du championnat du Cameroun à la MLS.

Une transition directe assez rare et qui, de prime abord, peut paraître abrupte mais qui ne modérait en rien l’enthousiasme du principal intéressé. Que du contraire ! « Dans l’avion, j’étais fier de moi. En plus, j’allais en MLS, un championnat qui est en train de grandir, et dans un grand club, New York. J’avais hâte d’arriver. J’aurais voulu que le vol ne dure qu’une heure et quart tellement j’étais excité. Et j’ai découvert une nouvelle vie. Je suis arrivé dans l’inconnu. Mais j’avais un compatriote camerounais dans l’équipe, Marius Obekop, avec qui je parlais déjà avant de venir et à qui j’ai pu demander comment ça se passait. »

Personne ne sera surpris des premiers verbes utilisés par Oyongo quand il nous parle de ses premiers mois en MLS. « J’ai beaucoup appris tactiquement et travaillé mentalement. J’étais le meilleur arrière gauche en quittant le Cameroun, et ici j’ai dû me rabaisser car en MLS, j’ai trouvé plus fort que moi. La MLS, c’est très professionnel, et il y a les exigences qui vont avec. On bénéficie de bon repos, d’une bonne nutrition, on est à l’abri de ce qui est mauvais. La très grande différence avec le Cameroun, c’est qu’il faut faire attention à ne pas faire de trucs inutiles. Au Cameroun, tu peux t’amuser avec n’importe qui, tu peux quasiment amener ton frère s’entraîner avec l’équipe, on t’excuse facilement si tu t’écartes des règles. Ici, il faut les respecter, sinon tu te fais prendre, ce qui n’est pas bon pour toi et pour ton avenir. »

Sur le terrain, ce n’est pas pareil non plus. « La MLS, c’est bon tactiquement et techniquement, les infrastructures sont parfaites pour s’améliorer et grandir. La plus grosse différence avec le Cameroun est la vitesse d’exécution. Et si tu n’es pas prêt tactiquement, tu te fais bouffer ! Il y a aussi beaucoup d’enjeu, il faut tout donner. Au Cameroun, on recherche avant tout les trois points, peu importe la manière dont on marque. Mais à la fin, c’est le même ballon et les mêmes terrains… enfin, ils sont de la même taille. »

S’il préfère la qualité des infrastructures américaines, Oyongo a évidemment, comme tout expatrié, laissé au pays des gens et des choses auxquelles il tient. « Ma famille, mes amis et la nourriture me manquent. Mais j’ai choisi d’aller ailleurs. Il ne faut pas penser à ces manquements. Après la saison, je pourrai aller au pays et savourer ces plats. »

Il y rencontrera certainement aussi des joueurs intéressés à jouer en MLS. Quels conseils va-t-il leur donner ? « Il faut travailler, se donner à fond. Ça ne va pas arriver comme ça quand tu te lèves un matin. Tu dois faire parler de toi, être le meilleur pour qu’on aille te chercher. » Le message est clair et traduit parfaitement sa mentalité. « La distance rend difficile d’aller superviser les joueurs en Afrique, tempère ensuite Oyongo. Être plus rapproché de l’Amérique, comme en Europe, aide. Mais si tu travailles, ton CV va arriver aux États-Unis car tu es le meilleur buteur ou le meilleur joueur, et là on viendra te chercher, peu importe où tu es. Ce sera alors à toi de saisir ta chance. »

Le joueur qui compte une sélection en équipe nationale camerounaise évoque la distance, mais il ne craint pas que celle-ci joue contre lui pour la suite de sa carrière avec les Lions indomptables, dont beaucoup de joueurs évoluent en Europe. « Quand je ne jouais pas, je me disais que je devais jouer. Mais une fois sur le terrain, tu as de la visibilité. Les gens suivent les matches en Afrique - pas en direct, à cause du décalage horaire -, et parlent de la MLS. Alors si tu joues, on te voit : un Camerounais qui joue dans son club et qui est bon, on viendra le chercher. »

En attendant sa prochaine convocation, Oyongo se concentre sur sa saison à New York. Le détenteur du Supporters Shield alterne les hauts et les bas : comment un nouveau venu ressent-il cela dans le groupe ? « Je n’étais pas là l’année dernière, mais l’ambiance est restée la même - toujours bonne - depuis mon arrivée, avant le début de la saison. C’est le football : la bataille est rude, les équipes évoluent et être premier ne donne pas la garantie de le rester. Nous avons la tête à la qualification pour les play-offs et là, pourquoi ne pas les gagner ? Quant à la Ligue des champions… Rien n’est à sous-estimer, sinon autant ne pas jouer ! Toutes les compétitions sont à prendre au sérieux, et il faut tout donner. »

Il va sans dire qu’après avoir atteint avec bonheur les demi-finales de l’édition africaine avec Coton Sport il y a quelques moins, Oyongo aimerait récidiver pour sa première saison de l’autre côté de l’Atlantique.

02 May 10:24 am

Il y a une quarantaine d’années, l’écrivain autrichien Peter Handke publiait le roman « L’angoisse du gardien de but au moment du penalty ». Une angoisse qui, à Montréal, peut s’étendre à toutes les phases arrêtées. En effet, les Québécois ont le triste honneur d’être les seuls en MLS à avoir déjà encaissé sur coup franc direct, indirect, touche, penalty et corner cette saison. Nous en avons donc parlé avec Troy Perkins, qui est aux premières loges, pour avoir son opinion sur cette situation peu enviable.

Avant tout, le portier commence par nous expliquer comment il vit les phases arrêtées et quelles sont les qualités nécessaires - aussi bien pour lui que pour les joueurs de champ - afin de bien les appréhender. « Il faut de la vitesse, de l’organisation, trouver ses marques le plus rapidement possible et être sur le qui-vive. C’est une situation très dangereuse défensivement car tout peut arriver, le ballon peut rebondir sur n’importe qui. Quand t’as environ vingt types, aussi bien des défenseurs que des attaquants, qui courent droit vers le but, c’est une zone dangereuse. Il faut donc être sur le qui-vive et toujours s’attendre au pire. »

Sauf qu’à Montréal, le pire se produisait assez rarement depuis l’échange de gardiens avec Portland qui, en août 2012, avait amené Perkins sur les bords du Saint-Laurent et envoyé Donovan Ricketts sur ceux du Pacifique. Lors de l’émission Coup Franc qui détaillait le jeu de Portland la saison dernière, Christian Schaekels nous avait d’ailleurs fourni des chiffres sans équivoque à ce sujet. Alors, qu’est-ce qui a bien pu changer à Montréal en un hiver ?

« Nous avons simplement baissé la garde et nous nous endormons un peu, estime le gardien qui compte sept sélections en équipe nationale américaine. Je pense qu’à part sur le coup franc direct (à Dallas, NdlA), aucun but que nous avons encaissé sur phase arrêtée n’a été marqué à la première reprise qui a suivi l’envoi du ballon. Ah, si, celui contre Seattle. Mais nous avons tout simplement décroché par la suite : quand il y a un deuxième voire un troisième ballon, on le perd. Nous devons améliorer notre instinct, notre désir de sortir le ballon de la zone dangereuse, et c’est certain qu’on y travaille. »

Si l’essentiel de l’effectif montréalais n’a quasiment pas bougé depuis la saison dernière, les Bleu-Blanc-Noir ne peuvent néanmoins plus compter sur les services d’Alessandro Nesta. Est-ce que la retraite de l’ancien champion du monde italien a une incidence lors des phases arrêtées ? « Oui et non… Notre approche est différente maintenant. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu’une seule personne se charge des directives et place les joueurs là où ils doivent se trouver. Nous devons tous assumer nos responsabilités pour prendre ça en charge. C’est sûr que désormais, les rôles sont davantage partagés, mais je ne pense pas non plus que le changement est drastique. »

L’autre nouveauté notable à Montréal, c’est évidemment le changement d’entraîneur. Frank Klopas a pris les rênes de l’équipe et a, bien entendu, amené ses méthodes. Que valent-elles dans la situation qui nous intéresse ? « Le travail défensif effectué sur les phases arrêtées à l’entraînement est bon, répond Perkins. Ce n’est pas nécessairement de la mise en place sur phases arrêtées, mais plus du travail sur la mentalité : ne pas devenir inattentif si le ballon vous passe au-dessus de la tête, s’assurer de prendre son homme rapidement et se mettre aux positions où on peut défendre ensemble au lieu de s’installer dans une zone où on ne peut pas vraiment faire grand-chose. Ce sont des points que l’on regarde beaucoup sur vidéo et dont on discute. Les jours où on les travaille à l’entraînement, on se donne à 100% et on partage tous nos opinions. »

D’ailleurs, il n’est pas rare que les joueurs montréalais passent de nombreuses minutes derrière un écran avant de fouler la pelouse. « Certains jours, on commence à 10h00 et le temps d’arriver sur le terrain, il est déjà 11h00 voire 11h15. On travaille beaucoup avec la vidéo, ce qui est bien car on voit nos erreurs et on ne peut pas rester passif à pointer un autre du doigt en disant “ce n’est pas de ma faute” : elles sont là, noir sur blanc. Il y a toujours des enseignements à tirer des séances vidéo. Ce n’est pas une question d’ego ou de malmener les joueurs, mais bien d’apprendre pour s’améliorer. Et c’est certainement ce dont a envie chaque joueur pour atteindre son meilleur niveau possible. Mais pour y parvenir, il faut se regarder jouer. »

Il va néanmoins sans dire que Troy Perkins et ses coéquipiers espèrent que les images qu’ils analyseront suite aux phases arrêtées contre eux cette saison se terminent moins souvent par un but, et que disparaisse l’angoisse d’aller chercher ce ballon immobile au fond des filets.

Réalisé avec la collaboration d’Olivier Tremblay

30 April 2:31 pm

À 100 jours du coup d’envoi de la Coupe du monde des filles de moins de 20 ans, qui se jouera au Canada, la Concacaf a émis l’idée d’accorder l’organisation de la Gold Cup à un autre pays que les États-Unis. Quelle place le Canada peut-il trouver dans ce paysage ? C’est le sujet principal de notre émission de la semaine, à écouter ici.

On commence évidemment par se demander si l’idée d’organiser la Gold Cup serait bonne pour le Canada, et on parle ensuite de son prestige, de l’influence du Canada dans la Concacaf, de marketing, de l’intérêt d’un championnat continental pour les dirigeants et les supporters et d’autres compétitions internationales qui pourraient être organisées au Canada comme le Mondial des clubs. Avec en toile de fond cette question lancinante (à laquelle on tente de répondre) : est-ce réaliste de croire que le Canada peut organiser la Coupe du monde 2026 ?

Parmi nos autres sujets de conversation, la première victoire de Montréal cette saison et ses aspects positifs, les recettes gagnantes, les bonnes prestations de Ouimette, mais aussi la situation de Jeb Brovsky qui a mis au jour un discours apparemment contradictoire de Frank Klopas avant le match et après (Olivier Tremblay nous donne des détails très intéressants). On conclut par une entrevue avec Patrick Leduc, qui parle de la sélection baptisée « Les Québécois », des ambitions de celle-ci et du documentaire qui a été réalisé à son sujet.

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27 March 10:34 am

Sans jamais y avoir mis les pieds, beaucoup d’enfants se font une image idyllique des États-Unis et rêvent de s’y installer un jour. Lorsqu’il était en culottes courtes, Jean-Baptiste Pierazzi était l’un d’entre eux. Son vœu a été exaucé : l’ancien capitaine d’Ajaccio a quitté sa Corse natale cet hiver et défend aujourd’hui les couleurs de San José.

« Ce qui m’attirait aux États-Unis, c’était toute l’histoire du pays, le plus grand au monde, où beaucoup de choses avaient été inventées. Sur ma petite île, c’était la lune, inaccessible », raconte le médian défensif de 29 ans. Ça, c’était lors de son enfance. Il a grandi et, quand il l’a pu, a franchi l’Atlantique. En touriste, dans un premier temps. « Je suis souvent venu aux États-Unis en vacances, mais je ne pouvais pas en profiter tellement à cause de la langue. Alors, j’ai pris des cours d’anglais. Même si ça m’a servi lors de mon passage en MLS, je ne les avais pas pris spécifiquement pour ça », précise-t-il, démentant une légende urbaine à ce sujet.

Footballeur professionnel et passionné de son sport, il a tôt fait de s’intéresser à la MLS. D’abord de loin, mais la passion l’a vite gagné. « Comme j’appréciais énormément le pays, j’ai rapidement su qu’il y avait un championnat, mais je ne le regardais que d’assez loin au début. Je m’y suis beaucoup plus intéressé avec l’arrivée de Beckham, puis celle d’Henry. Je connaissais les équipes, les joueurs, etc. Et depuis trois ans, je le suivais même beaucoup plus que le championnat de France ! Chaque fois que je voyais des reportages, ça me plaisait : j’aime cette ambiance où les supporters d’équipes adverses peuvent être côte à côte. Et puis, la MLS grandit tellement vite, ça la rend d’autant plus attirante ! »

Tellement attirante que Pierazzi s’est dit que son métier pouvait lui permettre de concrétiser le désir qu’il nourrissait depuis son enfance. C’est ainsi qu’il a pu prendre la direction de San José. « Jérôme Meary, qui travaille pour la MLS, a appris qu’y jouer était mon rêve et ça nous a permis d’entrer en contact. Quand il a su que San José cherchait un milieu défensif, il m’a proposé. Dès lors, tout a été très vite. » Cependant, c’était en plein milieu du championnat de France et son club, Ajaccio, tentait de s’extirper de la dernière place. « Laisser l’équipe derrière moi a été le truc le plus dur, d’autant que j’en étais le capitaine. J’ai livré tellement de batailles avec elle… C’est quand même malheureux que les calendriers ne concordent pas. Cependant, c’était une chance unique de partir jouer en MLS. »

Le défi de la MLS était d’autant plus grand pour le joueur corse qu’il avait passé toute sa vie sur l’île de Beauté et toute sa carrière dans le même club. Soudainement, il s’apprêtait à changer complètement d’univers. « Ça m’a fait peur au début. J’étais toujours resté au même endroit, dans ma petite ville, sur ma petite île. Et là, je pars loin de tout le monde. Dans l’avion, j’étais néanmoins bien plus excité qu’apeuré. Je me disais “Vivement que j’arrive, que je découvre tout ça.” Maintenant, je suis heureux, malgré quelques coups durs. Les gens du club sont super, personne ne me laisse de côté, et c’est un support important. »

À San José, Pierazzi est arrivé dans un environnement qui lui convient. Cela vaut pour le club, mais aussi pour la vie en Californie. « Ça me plaît. Comme dans toutes les grandes villes, il y a toujours quelque chose à faire. Et puis, j’aime me promener alors je profite de la Californie, de ses parcs, de ses lacs. On peut y sortir tranquillement. À Ajaccio, j’étais relativement connu, c’était difficile d’avoir du temps libre. Ce qui me manque, c’est ma famille, mes amis, un endroit où je connaissais tout et tout le monde. »

Les Corses vous le diront : ils restent très attachés à leur île, dont ils sont particulièrement fiers. Alors, même s’il est sur le bord des plages du Pacifique, le Méditerranéen n’hésite pas à parler de son coin de pays. « La Corse est loin, c’est difficile de la faire découvrir. Mais quand je montre des photos, mes coéquipiers sont émerveillés et disent qu’ils aimeraient y aller en vacances. Ça me rend fier ! D’ailleurs, ils ne m’appellent pas le Frenchy mais le Corsy ! »

Et puis, évidemment, il y a la réalité du terrain et les nouvelles responsabilités que lui a confiées son entraîneur, Mark Watson. « À San José, j’ai tendance à avoir un rôle plus offensif que depuis le début de ma carrière. Il faut dire qu’à Ajaccio, j’étais plus défensif car… l’équipe devait défendre, elle était toujours considérée comme une des plus petites de la division dans laquelle elle jouait. Ici, le coach me dit que j’ai des capacités offensives, de donner des passes décisives et même de marquer. Je suis plus libre sur le terrain. »

Le 15 mars dernier, ce fut la plongée dans le grand bain, avec le premier match de San José en championnat cette saison. « Je m’attendais à ce que le niveau soit bon, mais pas à ce que ce soit aussi difficile. Ça joue bien au ballon, il y a beaucoup de rythme, le jeu est direct : on préfère l’attaque / défense alors qu’en France, on prend plus le temps de faire tourner le ballon. Des gens critiquent la MLS mais ils ne se rendent pas compte que, si elle n’atteint pas le niveau des meilleures, elle vaut beaucoup d’équipes de Ligue 1. »

En quelques semaines, Pierazzi a multiplié les découvertes puisqu’il a aussi effectué ses premiers pas en Ligue des champions, avec un quart de finale perdu aux tirs au but face aux Mexicains de Toluca. « Pouvoir jouer en Ligue des champions, ça a aussi contribué à me faire venir. J’avais peu de chances que ça m’arrive en Europe. La différence entre les deux ? C’est un autre continent… Et c’est vrai que ça n’a pas la même saveur qu’en Europe où jouent de tellement grands clubs. N’empêche, ce qui nous est arrivé est dommage, nous avons été malchanceux lors des deux matchs même si tout le monde s’est bien battu. Mais l’équipe a fait preuve d’une super mentalité en ne lâchant rien ! »

Ah, cette fameuse mentalité de San José. Qui vaut à l’équipe le surnom de Goonies et, parfois, une image de sales gamins coutumiers de mauvais coups. Est-ce justifié ? « Cette réputation est fausse. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’ici les joueurs se battent jusqu’à la dernière seconde. Nos buts en fin de match en sont la preuve. Nos adversaires n’aiment pas jouer ici, car nous sommes des battants hargneux. Ça correspond bien à la mentalité des joueurs corses, alors mon adaptation est d’autant plus facile. »

Titulaire lors des deux premières rencontres de championnat cette saison, le Corsy sait ce dont il a besoin pour considérer sa première année en MLS comme réussie. « Mon objectif est de me donner à fond mais surtout de jouer les play-offs avec San José. » Et si le rêve se poursuit, envisage-t-il de s’installer aux États-Unis au terme de sa carrière ? « Je ne sais pas, ce sera à méditer. Il y a beaucoup de choses à prendre en compte. La Corse, c’est chez moi, mais si une occasion se présente aux États-Unis, pourquoi pas ? »

02 July 6:34 pm

Cette semaine, le menu de l’émission Coup Franc (à écouter ici) est une fois de plus bien chargé et parcourt l’ensemble du continent américain.

Nous prenons la direction de Rio de Janeiro pour parler à Antoine Deshaies, journaliste de Radio-Canada qui était sur place pour de la Coupe des Confédérations (voir le blog écrit pour l’occasion). Il nous parle évidemment de la compétition mais surtout du Brésil et de sa préparation à un an de la Coupe du monde : stades, infrastructures, supporters, accessibilité, retombées, insécurité, comparaison avec l’Afrique du Sud qui a organisé le dernier Mondial, etc. Tout y passe, y compris les manifestations qui ont émaillé le Brésil ces dernières semaines.

La Gold Cup 2013 commence ce dimanche. On parle des favoris de la compétition qui doit couronner la meilleure équipe de la zone Concacaf mais aussi de son intérêt pour les joueurs et les supporters, de son influence sur la MLS ou encore des chances du Canada en compagnie de Ludovick Martin qui, depuis de nombreuses années, suit de très près les prestations des internationaux canadiens qui évoluent à l’étranger.

Sans oublier évidemment les nouvelles de la MLS, avec un retour sur les faits marquants du week-end dernier et un aperçu de la semaine à venir.

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25 June 4:11 pm

Fête nationale du Québec oblige, l’émission Coup Franc de la semaine (à écouter ici) a été enregistrée avec une équipe réduite mais vous offre évidemment toujours un menu de qualité qui vous mènera des sommets de la MLS à un tournoi où se produisent des sélections peu communes.

À ce jour, quatre clubs se sont détachés en haut de classement : Portland, Salt Lake, Dallas et Montréal. Mérité ? Surprenant ? On essaye de voir si ces équipes sont bien à leur place et si elles ont les moyens d’y rester en abordant différents angles, entre autres :

  • Celle des quatre qui a été la plus convaincante
  • Les changements par rapport à la saison dernière et les améliorations les plus notables
  • Les équipes qui ont un style de jeu caractéristique
  • Les points faibles qui pourraient leur nuire à plus long terme
  • Les individualités marquantes… et le risque de dépendance à l’une d’entre elles
  • La manière dont les joueurs moins utilisés s’intègrent à l’équipe
  • Le calendrier, plus ou moins facile
  • Les perspectives de demeurer dans ce carré d’as ou d’en sortir

Le club de lecture effectue son retour. Olivier Tremblay nous fait la critique de Outcasts ! The Lands That FIFA Forgot, qui parle des entités qui ne sont pas des états indépendants mais ont quand même une équipe nationale (à ce propos, voyez l’exercice effectué pour quelques États américains). Un excellent prélude à notre entretien avec Patrick Leduc, joueur-entraîneur pour « Les Québécois », sélection qui dispute actuellement le Tournoi des peuples, cultures et tribus. Depuis Marseille, il nous parle du déroulement de la compétition, de son niveau, des autres participants, des à-côtés extra-sportifs, des joueurs sélectionnés pour représenter le Québec, de leur parcours souvent accidenté et de leurs ambitions.

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